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Lo dire d’Elie Lebre (14)

Comment un paysan provençal du XXème siècle disait son temps, les saisons, le bon sens... dans sa langue de tous les jours. quatorzième semaine.

Edité par l'Association pour l'Enseignement de la Langue d'Oc

L’agriculteur érudit et curieux Elie Lèbre (Cucuron –  Luberon : 1920-91) par bonheur rencontra l’occitaniste Madeleine Jaquier, et le fruit d’années de collectage nous a permis d’en savoir beaucoup sur la manière vivante et quotidienne de parler provençal.
 
Avec l’aimable autorisation d’Alain Barthelémy-Vigouroux qui a organisé la masse de notes et d’enregistrements issus de ce travail, nous vous en offrons un morceau chaque semaine, en vous recommandant d’acquérir le livre édité par l’Association Pour l’Enseignement de la Langue d’Oc .


















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Fillon et les langues de France : l’amour de loin


Catholique fervent et sourcilleux, le candidat de droite en pole position doit ignorer que la Vierge s’est adressée en occitan à Bernadette Soubirous, dans la fameuse grotte de Lourdes.



La cause semblerait (presque) entendue, à droite. Alain Juppé n’aurait plus qu’à prendre définitivement sa retraite à Bordeaux. Et avec lui François Bayrou. Décalés tous deux par rapport à l’époque, qui ne veut mettre au pouvoir que des conservateurs intégraux.
 
Et comme tous les observateurs s’accordent pour dire que le prochain candidat de la droite sera le prochain président de la République française…François Fillon serait celui-ci.

Dérisoire face à la mondialisation est le débat sur les langues "ancestrales"

Dans le débat de cette primaire, comme l’a dit un commentateur de France Inter, le « peuple de droite » ne voulait pas d’un candidat venu de Neuilly ou de Bordeaux. Neuilly, trop riche ; mais Bordeaux ? Trop occitan. On ne voit pas, sinon.
 
Le maire et candidat de droite étrillé dimanche parle occitan, tout comme son discret soutien de Pau, Bayrou.
 
Quoi qu’on pense de la droite au pouvoir demain, ceux-là au moins auraient pu se montrer relativement bienveillants vis-à-vis de nos langues régionales. Ils les pratiquent, elles n’en ont pas fait d’irréductibles séparatistes qu’on sache.
 
Mais qu’en est-il de François Fillon, cet encore plus discret candidat, qui semble bien tenir la corde désormais ?
 
Il ne fut pas toujours si discret sur la question, en fait, le sourcilleux conservateur passionné de courses automobiles et de corridas. Le 9 juillet 1999, il s’était ouvert au journal Libération, sur le sujet.
 
Pour lui, à l’époque, « la question des langues régionales que nul ne menace en France (était), pour notre pays, un sujet anodin. » Et « cette affaire mineure (masquait) mal tout d'abord la pauvreté du débat politique sur les questions bien plus essentielles pour l'avenir du pays », comme la préparation à la mondialisation.
 
Décidément, la frivolité d’un débat sur l’avenir de nos langues méritait à peine que le futur premier ministre jette de l’encre sur une feuille. « Tout ceci est à l'image d'une société obsédée par la nostalgie du passé et, à tort, confortée dans ses frilosités » estimait le futur vainqueur du premier tour de la primaire droitière. « Alors que nous nous apprêtons à entrer dans un nouveau siècle complexe, marqué par des enjeux différents, l'élite politique, intellectuelle et médiatique choisit précisément de dépenser son énergie sur le sort d'un patrimoine certes estimable, mais qui  ne mérite nullement de figurer au rang des  enjeux culturels du futur. » Estimables, vous étiez néanmoins priés de la fermer.
 
Tout de même, pour François Fillon, apprendre le croquant c’était détourner la nation de la lutte contre l’illettrisme, ou de l’apprentissage de l’anglais, langue de la mondialisation, seule question qui vaille.
 
C’est que, pour le candidat à la candidature alors en lointain devenir, les cultures régionales et leur véhicule linguistique étaient des gêneurs. « Entre l'individu et la mondialisation, la structure intermédiaire d'identification collectif, c'est la nation » affirmait-il « et, à un degré moindre, l'Union européenne. » La ville ou la région ? à évacuer dans les limbes sans doute.
 
On ne connait pas à François Fillon d’évolution sur ce thème depuis 1999. Ah ! Ne demandons pas à un conservateur de sortir de nouvelles idées du bocal, tout de même.
 
Souhaitons donc bien du plaisir à ceux qui, dans ce camp-là, estiment que les traditions, ou leur identité, pour recourir à un terme à la mode, méritent d’être valorisées. S’ils imaginent demain quelques droits consentis pour l’enseignement de leurs langues régionales, ou une meilleure place pour celles-ci dans l’espace médiatique, les déceptions pourraient être irrémédiables.

Mardi 22 Novembre 2016
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