Aquò d'Aqui

Journée historique pour les langues régionales

La loi dite Molac donnera des droits à l'enseignement des langues minoritaires en France, enfin ! ça ne s'est pas fait tout seul.

Bien des lecteurs d'Aquò d'Aquí ont été surpris, le 8 avril, du vote écrasant des députés en faveur de la loi de Protection des langues régionales, avancées par le groupe parlementaire Libertés et Territoires. Pourtant une observation un peu fine des évènements qui ont conduits à cette issue aurait rassurée plus d'un.

















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Cylsée puise l'inspiration en forêt

Confinats sens èstre esconfits


MEUDON-LA-FORET. Cécile Collardey échappe quelques instants à son petit appartement, pour se ressourcer dans les bois où bruisse déjà son prochain album, en occitan, vénitien et anglais.



L’ombra messatgièra, Lo fraisse...avec ces titres chantés sur des airs folks qui tirent sur la ballade, guitare en mains, Cécile Collardey avait conquis le public arlésien le 14 juillet 2017. Catherine Gerault et Jean Colomina ont un goût sûr et en invitant son groupe Cylsee au festival Convivència, ils savaient faire découvrir une personnalité et un projet artistitique. La personnalité n’est pas violente, ni même extravertie, l’artiste n’est pas occitane non plus. Cécile chante dans une langue étrangère, qui simplement lui a plu, en lisant Max Rouquette, découvert dans un livre d’images du photographe Georges Souche.

 

Ce matin, la jeune femme a laissé la guitare dans un coin, a enfilé le survêtement et est partie courir une demi-heure en forêt, Meudon-la-Forêt, la bien nommée, en lointaine banlieue sud de Paris. “Quand j’arrête je fais le silence et enregistre les chants d’oiseaux, je photographie les campanules qui foisonnent en ce moment”. Cécile recharge les batteries. Elle doit quelques heures en télétravail pour le centre culturel japonais dont elle est documentaliste. Puis, il sera temps de composer, encore.

 

Un second disque est en préparation.


Rencontre de hasard mais passion viscérale

En forêt de Meudon, en "sortie dérogatoire" (photo CC DR)
En forêt de Meudon, en "sortie dérogatoire" (photo CC DR)

En 2017 elle avait autoproduit L’ombra messatgièra, en réunissant neuf titres en occitan, vénitien, anglais et castillan autour des poésies de Max Rouquette. Enregistré dans un garage, il n’en est pas moins abouti.

 

Et puis elle espère pouvoir chanter en public, seule ou avec ses compagnons Goran, Rachid, Marine...si toutefois la sortie de crise sanitaire l’extrait de son deux pièces cuisine de banlieue où “il ne m’est pas possible d’enregistrer ou de vraiment travailler sans l’imposer à mes voisins”.

 

Alors elle interpréterait Rouquette pour le public parisien du Connétable, celui du Couvent des Ursulines, et descendrait à Béziers, deux fois au moins avant l'automne. Mais il est possible qu’elle doive y renoncer, comme elle a du renoncer à trois autres récitals en avril et mai.

 

Mais revenons en arrière. Cécile qui parle anglais, japonais et espagnol, “baragouine le suédois, le hongrois et l’occitan”, chez un ami ouvre un livre de photographies. Le lac de Salagou, de Georges Souche, ne laisse pas indifférent : le photographe des paysages embrumés et des lumières aux multiples nuances a voulu agir en poète admiratif de la puissance du lieu, et y offre le regard de Max Rouquette (1908-2005), la grande voix occitane du XX ème siècle, lui même paysagiste, mais de la parole écrite et déclamée.


Prononcer l'occitan, un défi

Quel hasard ce fut! J’ai senti que cette langue totalement inconnue avait à voir avec moi, avec moi comme artiste. J’ai pris contact avec Jean-Guilhem, le fils de Max, qui m’a dit simplement : “passez me voir à l’occasion”...J’ai acheté mon billet aller-retour pour Montpellier, il m’a reçue et a du comprendre à quel point mon attirance pour l’œuvre était magnétique. Nous avons beaucoup parlé, quand je suis repartie mon projet, chanter Rouquette, s’était renforcé. Projet ? Est-ce qu’on peut encore parler de projet quand on ressent une œuvre de façon aussi inexplicable, viscérale ?”

 

S’ensuit un long travail sur la prononciation de l’occitan. “Un défi ! Comment situer vos accentuations si spéciales ? Faire avec toutes ces voyelles muettes ? Ne pas rater une diphtongue ?” Encore, en limitant son apprentissage au languedocien du poète, a-t-elle évité l’arrachage de cheveux que notre diversité dialectale n’aurait pas manqué de provoquer !


Max Rouquette, Andrea Zanzotto, Leon Cordes dans un second album

Max mon amour ? Il est possible de voir Cécile évoluer vers un polyamour artistique, peu à peu, puisque sans infidélité au socle de son art, elle se rapproche désormais de cet autre monstre des lettres occitanes qu’est Leon Cordes.

Depuis des semaines elle travaille son texte Lo Boier, dont elle peut maintenant proposer une interprétation. Mon prochain disque intégrera ce texte, comme celui que consacre Andrea Zanzotto à L’acqua di Dolle,” ou un texte qui parle de Notre Dame des Landes.

“Tout ce qui touche à la nature me touche” concède l’artiste : photographier les campanules dans la forêt de Meudon, ou explorer les racines du Fraisse de Max Rouquette procèdent, pour l’artiste, d’une même logique de l’inexplicable.

 



Vendredi 10 Avril 2020
Michel Neumuller




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Nos villes avec leur nom historique et sans enquiquineur procédurier

Un aspect de la loi Molac, votée le 8 avril, est resté à tort dans l'ombre : le droit de nommer ses rues et ses entrées de ville sans être harcelé par un obsédé de la langue unique.

De la loi loi nº 2548 relative à la protection patrimoniale des langues régionales et à leur promotion, désormais connue sous le nom de son promoteur, Paul Molac, nous avons surtout retenu les articles permettant de renforcer l’enseignement bilingue dans les établissements publics.

 

Cependant s'il est un aspect de la promotion des langues minoritaires qui a été négligé par les commentateurs, c’est celui de la signalétique bilingue. C’est un tort car cette possibilité, enfin débarrassée des attaques imbéciles de soi-disant libres penseurs, fera évoluer les mentalités de nos concitoyens, à qui sera rappelée aisément la fierté de leur terroir.




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