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Salon : terre à défricher pour l’enseignement du provençal


L’Inspection d’Académie a fait connaître sa stratégie. Assurer la continuité de l’enseignement de l’occitan-provençal de l’école au collège et « remplir les trous » sur la carte des Centres d’Enseignement Continu des Bouches-du-Rhône.



6975 petits veinards de 2 à 11 ans profitent d’un enseignement de langue d’oc et en langue d’oc dans les Bouches-du-Rhône, grâce à 299 enseignants qui ont une compétence linguistique trop rare, en même temps qu’un savoir-faire pédagogique, heureusement mieux partagé.
 
Les chiffres communiqués par l’Inspection d’Académie pour ce département sont à la fois encourageants, car le chiffre est en progression modérée, et désespérants, si on les compare aux quelques 250 000 élèves du premier degré et à leurs 10 000 enseignants dans l’Académie d’Aix-Marseille. Moins de 3% des élèves des écoles communales apprennent le provençal en Provence. L’écrire gardera de tout triomphalisme.
 
Et pourtant, cet enseignement si minoritaire dans un département provençal où tout élève devrait être en contact avec la langue régionale, avance, et semble vécu positivement par ceux qui sont chargés de l’organiser.

Enseignement de bonne tenue

Autour de pôles scolaires à présence du provençal la région de Salon présente une offre d’enseignement plus faible (XDR)
Autour de pôles scolaires à présence du provençal la région de Salon présente une offre d’enseignement plus faible (XDR)
Les enseignants de provençal des Bouches-du-Rhône sont en effets soutenus par une cellule d’appui, la Mission Départementale, avec un inspecteur de l’Education Nationale, Giuseppe Innocenti, et trois conseillers pédagogiques qui se partagent le territoire. Ils créent des outils pédagogiques, forment et soutiennent l’action les maîtres de 24 Centres d’Enseignement Continus, qui accueillent 3117 élèves.
 
A côté de nombreuses classes « à pratique isolée », ces écoles particulières disposent de 163 maîtres habilités à enseigner en occitan, ils le font 3h par semaine, et 3 autres heures sont consacrées à l’enseignement du provençal lui-même. On en attend pour l’enfant la souplesse que donne le bilinguisme précoce.
 
Les évaluations confirment d’ailleurs la bonne tenue de cet enseignement.  A tel point que l’an prochain, l’Académie ouvrira –c’est une première- une classe bilingue anglais-provençal, au collège Glanum de Saint-Rémy de Provence. Un pari, car si l’école bilingue Frédéric Mistral, de Maillane, enverra ses élèves formés dans ce collège, il n’en recevra pas moins d’autres élèves qui, eux, débutent en provençal. 

Classe bilingue au collège de Saint-Rémy

C’est pourtant la grande affaire du nouvel Inspecteur d’Académie adjoint Guillaume Lecuivre, arrivé depuis peu. Et l’expérience sera évidemment examinée par les responsables et enseignants de la vingtaine de collèges des Bouches-du-Rhône où l’on propose un enseignement de provençal. A voir comment seront conciliés un objectif d’excellence et un autre d’élargissement au plus grand nombre d’un enseignement, dans un contexte où le mot d’ordre de l’Education Nationale est : « individualisons parcours et compétences ! »
 
Au-delà des délicates questions de niveaux de compétences différenciés que font naître ces questions de cohérence entre 1er et second degré, la Mission Académique de la Langue Régionale (une terminologie diplomatique qui évite d’entrer dans le débat sur la pertinence de l’expression « langue occitane ») cherche à gagner du terrain.
 
Un hiatus existe en effet entre un pays d’Arles et une région d’Aix Marseille où l’enseignement du provençal est bien représenté, et une aire salonaise tout à fait dépourvue de Centres d’Enseignement Continu. On y trouve pourtant quelques écoles « à pratique isolée » et trois collèges dans lesquels le provençal est proposé. 

Une vertu sociale à l’enseignement du provençal

L’idée de la Mission est de pouvoir créer plusieurs Centres d’Enseignement continu dans ce pays, si possible en relation avec un collège où iront ensuite la plupart des élèves. La zone retenue fera jouer une autre particularité de cet enseignement de l’occitan dans les Bouches-du-Rhône : « dans les quartiers dits « difficiles » où l’échec scolaire est un risque important, apprendre le provençal est considéré comme dépourvu d’enjeu » explique un des membres de la Mission, « et souvent l’absence d’enjeu tranquillise l’enfant, qui du coup devient là au moins aussi bon que ceux qui réussissent ailleurs. C’est l’enclenchement d’une spirale vertueuse qui aura des répercussions sur les autres matières.»
 
Mais ces nouvelles écoles gagnées à l’enseignement de la langue d’oc supposent un effort de formation des maîtres et une recherche de nouveaux candidats. En prenant leur bâton de pèlerin les trois membres de la Mission ont, semble-t-il, conquis de nouveaux adeptes : 43 stagiaires en 2011 contre 23 en 2008. Ces stages de découvertes organisés par sessions d’une quinzaine d’enseignants curieux, se doublent de conférences organisées ici et là, « durant lesquelles il arrive souvent que des collègues se rendent compte qu’ils ont des compétences en provençal, mais ignoraient qu’ils pouvaient les valoriser » nous signale-t-on encore.

Quel avenir pour le recrutement ?

Pourtant, avec la fin de la formation des maîtres par l’Institut Universitaire de Formation des Maîtres (IUFM) en 2009-10, l’afflux de jeunes futurs professeurs des écoles provençalisants s’est tari. Ce sont maintenant des enseignants d’expérience qui, après dix ou quinze ans de pratique pédagogique, ont envie de changer d’horizon ou d’ajouter une corde à leur arc.
 
La chose paraît excellente en terme de qualité pédagogique, mais soulève avec Anne-Marie Poggio (Institut d’Estudis Occitan) un problème : « à terme le renouvellement ne sera plus assuré si les jeunes se détournent de cet enseignement ». La réponse dans un revival des formations à l’IUFM, ou avec la fin espérée de la profonde et ancienne léthargie de l’Université dans ce domaine ?

Vendredi 11 Mai 2012
Michel Neumuller




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