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La belle hypocrisie




On devrait être vaccinés depuis le temps, mais non, l’ignorance affichée et l’hypocrisie criante de nombre de parlementaires français nous laisse toujours pantois dès qu’il s’agit de parler de la ratification, par la France, de la Charte Européenne des Langues Régionales, ou Minoritaires.

Vanter l'enseignement anémique des langues minoritaires et les émissions qui leur sont théoriquement consacrées pour ne pas ratifier la Charte Européenne des Langues Régionales, il fallait l'oser! Le Sénat l'a fait.

Novembre 2004: rassemblement à Aix pour le respect de la charte de Radio France Bleue (photo MN)
Novembre 2004: rassemblement à Aix pour le respect de la charte de Radio France Bleue (photo MN)
Le président de la commission des lois du Sénat, Philippe Bas, avait annoncé la couleur, voici une semaine. Le Sénat n’autoriserait pas le gouvernement à voter un projet de loi autorisant cette ratification.
 
Mardi 27 octobre, en séance, le Sénat a laissé entendre comme d’habitude ses ténors, expliquant que ce texte européen n’était pas utile à la politique en faveur de nos langues régionales.
 
Ah ! On peut dire qu’ils les aiment, ces langues. Au point de ne pas vouloir, surtout, les déranger.
 
Que de déclarations rassurantes à cet égard. Passons sur la longue litanie des « c’est pas la peine », et résumons la avec la seule intervention de la sénatrice UDI (Centre droit) Catherine Morin-Dessailly, présidente de la commission Culture de la Chambre haute.
 
Pour bien convaincre ses collègues qu’il n’y avait pas lieu de faire quoi que ce soit, elle a vanté l’enseignement des langues en questions en France. Et, cerise sur le gâteau, elle a utilisé l’argument qui tue, les quelques cinq cents heures de programmes en langues régionales annuelles de France 3 en régions, et la charte qui fait obligation aux radios de France Bleue de réserver un temps d’antenne aux mêmes langues.
 
Qui peut nous dire comment Radio France Bleue, en Provence, satisfait à cette obligation gravée dans le marbre ? Les directeurs successifs de la station se sont assis sur leur propre règlement depuis plus de dix ans. Et personne, dans la structure d’Etat, ne semble prêt à contraindre la station à mettre en œuvre cette fameuse charte, qui a autant de valeur qu’un rouleau de « Just One »…
 
Les émissions de langue régionale de France 3, si, elles, sont bien réelles, ne ressemblent en rien à ce que vante Mme Morin-Dessailly. Cantonnées en matinée du weekend, elles sont déprogrammées et jamais compensées dès que le moindre évènement sportif doit être diffusé. Rolland Garros oui, Frédéric Mistral non ! L’été venu, nous n'avons droit qu'à des rediffusions.
 
Le manque de moyens là, est au moins aussi visible que dans l’éducation nationale où les postes au capes d’occitan permettent à peine de couvrir les départs en retraite. Quatre par an de Bordeaux à Nice, et pas plus. L’indigence est la règle. La Loi, non écrite, c’est que nos langues régionales doivent être étouffées peu à peu, sans que cela ne fasse de bruit.

Ne pas ratifier la Charte Européenne fait partie de l'étouffement inaudible.
 
Le Sénat aujourd’hui est à droite. On serait tenté de se tourner vers le gouvernement, qui se dit lui de gauche. Mais là aussi, on ne peut parler que d’hypocrisie. Les amis de M. Hollande ont eu une large fenêtre de tir, pour faire adopter la loi qui autoriserait la France à ratifier la fameuse charte européenne : entre 2012 et 2014 l’Assemblée Nationale comme le Sénat leur étaient acquis. A cette époque ils ont renvoyé prudemment le moment du choix à une époque moins favorable à cette ratification.
 
Et le ministère de la Justice nous a, en outre, asséné une véritable opération d’enfumage, en mettant quasiment au vote populaire par internet chacun des rares articles de ce texte sur laquelle la France daignerait s’engager. En aurait-on fait de même pour la Loi sur le Mariage pour Tous ? Ou la loi de Modernisation de l’Economie, dite Loi Macron ?
 
Au sommet de l’Etat et dans les couloirs des assemblées, on a bien entendu observé de loin ce qui se jouait en Bretagne, en Alsace ou en Occitanie samedi passé. La relative faiblesse des cortèges manifestant en faveur des langues régionales samedi 24 octobre a sonné, pour eux, comme une autorisation de renvoyer, une fois de plus, aux calendes, la ratification de la Charte Européenne des Langues Minoritaires. C’est ainsi depuis 1999.
 
Et là, c’est la capacité des organisations qui les soutiennent, ces langues, qui doit être mise en cause. La bonne volonté et  la stratégie autonome de chacun ne suffisent plus. Il faut de l’unité, quitte à rogner la pureté des discours. Mettez-vous en état de discuter entre vous, et de tenir compte des volontés de chacun, amis des associations de promotion de la diversité en France ! Convenez d’une action unie aussi résolue que concertée.

Et offrez aux caméras de télévision le spectacle de dizaines de milliers de manifestants dont le discours ne pourra plus être ni caché, ni détourné.

Mercredi 28 Octobre 2015
Aquò d'Aquí





1.Posté par PRAT Michèu le 29/10/2015 16:59
Qui s'étonnera de cette prise de position du Sénat, assemblée la plus antidémocratique de la soi-disant République Française. Nous sommes au XXIème siècle et cette chambre est toujours issue d'un vote au suffrage indirect, quasi "censitaire" et non pas du suffrage universel direct. Cette aberration constitutionnelle est d'ailleurs très peu dénoncée par tous les "démocrates" des partis hexagonaux. La composition de cette chambre est en parfaite opposition à une véritable représentation démocratique. La pyramide des âges est à l'inverse de celle de la population française. Peuplée majoritairement de vieux croûtons jacobins, centralistes et franchouillards, cette institution n'a plus de place dans un état moderne. La remplacer par une assemblée des régions, élue au suffrage universel, serait certainement plus pertinent et plus démocratique.
Gap, le jeudi 29 octobre 2015. Michèu PRAT, Gap, Aups occitans.

2.Posté par Denis Roux le 30/10/2015 11:39
J'ai bien peur, en fait, que la défense des langues régionales n'intéresse plus grand monde aujourd'hui. Et c'est le fond de notre véritable problème. Dans ce moment de perte de repères et d'identités qui se cherchent, les langues régionales sont en passe d'être oubliées et un pâle ersatz n'en survit qu'à travers certains mots ou expressions mal transmis et déformés d'ailleurs car non compris. Quant aux cultures, ce n'est qu'à travers de vagues manifestations rituelles folklorisantes récupérées par la droite bête et manoeuvrière et l'extrême-droite, puisque la gauche y est globalement hostile, qui ne comprend pas ce genre d'enjeu politico-idéologique. On voit déjà, dans des fêtes ou des reconstitutions "historiques" locales, la remise en selle des signes extérieurs les plus traditionnels de la réaction, avec retour en force du religieux (de façade). La quête d'identité, en l'absence de tout autre message, se tourne forcément vers ce qui apparaît comme connu, enraciné, rassurant, c'est à dire le repli sur des valeurs largement phantasmées. En Provence du moins, la destruc(tura)tion culturelle et linguistique et les mouvements massifs de population constituent un rouleau compresseur contre lequel je crains qu'il n'y ait pas grand' chose à faire (un habitant sur deux est né en dehors de la région et combien dans l'autre moitié possède quelques notions de langue, héritée ou acquise?)... Il continuera certes à y avoir un petit noyau de locuteurs mais sans transmission "naturelle" de la langue. En l'absence de motivation extraordinaire extérieure à la langue (comme une lutte impérative de survie économique, politique, religieuse ou réputée "raciale", comme pour la Catalogne, la Pologne, l'Irlande ou le peuple juif) les chances de survivance m'apparaissent plus que minimes.
Voilà, c'était une pensée de novembre qui me vient en toutes saisons.

3.Posté par BERTERO Alban le 05/11/2015 14:10
Il y a deux façons d'exterminer un peuple ou une population. L''anéantissement physique de tous les individus composant cette population ou l'anéantissement de la culture de ce peuple en lui interdisant tout accès à sa langue, à son passé, ses traditions, son histoire. C'est la solution finale à la française. Mais il n'y aura pas de 6 juin 1944 pour nous libérer de ce fascisme-là. Les plages du débarquement, elles sont en nous.

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