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Christian Philibert au Forum d'Oc : « Pagnol, et alors ? »

"On n'aurait plus le droit de parler des gens d'ici après Pagnol?"


MARSEILLE. Invité au congrès annuel du « Forum d'Oc », au Conseil Départemental du 13, le cinéaste a voulu partager son expérience du cinéma de région, de la production à la distribution. Un maître mot : « restrictions ».



"Un type de la télé me dit combien il aime Les quatre saisons d'Espigoule. Je lui suggère de le programmer..."Ah! je n'y avais pas pensé" me répond-il...( photo MN)
"Un type de la télé me dit combien il aime Les quatre saisons d'Espigoule. Je lui suggère de le programmer..."Ah! je n'y avais pas pensé" me répond-il...( photo MN)
Il est un peu la voix de ceux qui enlacent, désabusés mais entêtés, la création audiovisuelle en région.
 
A l'heure où il appréhende la fin de la campagne de financement participatif pour son film sur Massilia Sound System, Christian Philibert a répondu présent au Forum d'Oc, afin d'évoquer « les difficultés qu'(il) rencontre pour faire ce cinéma ».
 
Le visage souriant, son discours est néanmoins empreint d'indignation, colère, lassitude, mais aussi fierté et humour. Il raconte le parcours atypique d'un Provençal, jamais monté à Paris, et qui subit de plein fouet les réticences des distributeurs.
 
« Pour du cinéma dans le nord de la France, ça ne pose pas problème qu'il puisse intéresser un public méridional, mais le contraire, non » constate-t-il.
 
Un cinéma régional oui, mais pas pour tout le monde, alors ? Dans les coulisses de la Maison du Département, le cinéaste raconte une anecdote. Après avoir rencontré un directeur de France 3 lui faisant part de son admiration pour « Les quatre saisons d'Espigoule », Christian en profite pour lui demander s'il est possible de diffuser ce film sur France 3. « Ah tiens, je n'y avais pas pensé » répond le directeur, et d'ajouter « mais est-ce que les gens sont prêts ? ».

Penser l'alternatif dans la distribution

Octobre 2014, Christian Philibert filme les fans de la Chourmo, à Marseille (photo MN)
Octobre 2014, Christian Philibert filme les fans de la Chourmo, à Marseille (photo MN)
La distribution est une énorme entrave pour Les Films d'Espigoule, la société de production créée par Christian Philibert. Celui-ci, au Forum d’Oc, fait part de son incompréhension : « d'où sortent ces a priori, pourquoi ? J'essaye de comprendre ».
 
Pour la sortie de son film sur Massilia Sound System prévue  l'été 2016, le cinéaste organisera des projections conviviales en région, une vraie coutume pour les Films d’Espigoule. « On essaye de reprendre ce principe de soirée apéro musical d’avant film, ou de donner un concert après ».
 
Et même si Les Films d'Espigoule comptent sur des sorties en salles de cinéma, « c'est une formule qu'(ils) aimeraient développer avec le film Massilia Sound System ». Ainsi, avec ce concept de diffusion en public, Christian Philibert espère « arriver à un certain rayonnement depuis la région PACA ». Son espoir, c’est que, par la suite, « le film pourra être demandé un peu partout ».
 
Le cinéma indépendant, qui plus est local, doit de plus en plus gérer toues les étapes d'un film. Conception, production, réalisation, distribution... Sans compter la communication de l’oeuvre. « Les réseaux sociaux sont les seuls moyens de communication dont nous disposons » regrette le cinéaste, qui doit aller au-delà de son travail de réalisateur. « Il faut qu'on arrive à créer du réseau, du mécénat, des partenariats ». 

En amont, les aides à la production se tarissent

Gary Greu chante volontiers "Au marché du soleil". La chanson est offerte à Christian Philibert pour son film Afrikaïoli (photo MN)
Gary Greu chante volontiers "Au marché du soleil". La chanson est offerte à Christian Philibert pour son film Afrikaïoli (photo MN)
Christian Philibert se heurte également aux nouvelles conditions d'attribution d'aides au long métrage de l'accord CNC-Région PACA en 2014. Selon le CNC, « la société de production doit être constituée sous forme de société commerciale avec un capital social d'un montant minimum de 45 000€ ».
 
Un critère, parmi d'autres, auquel ne peuvent satisfaire Les Films d'Espigoule. Ce qui aggrave, de fait, les obstacles de la réalisation d'un film. « En produisant nous-mêmes nos films, c'est une situation pénible que de ne pas pouvoir payer les collaborateurs correctement ».
 
Lâchés de toutes parts, Les Films d'Espigoule n'ont eu d'autres choix que de faire appel au public, notamment la chourmo (fans de Massilia Sound System), pour financer la prochaine oeuvre de Christian Philibert.
 
 « Les gens ont conscience que la culture a besoin de fond, c'est un peu ce que je vois, c'est ce qui se passe ; c'est un petit embryon, mais on peut rêver d'une création plus multiculturelle, plus ouverte » s'enthousiasme Christian Philibert.
 
Toutefois, pour ce dernier la démarche a ses limites : « le financement participatif fonctionne surtout pour des petits budgets et des petits films ». 

Évoluer en région, avec les locaux

Désormais le cinéaste entre en apnée dans la chambre de montage : "l'enjeu c'est de présenter le film pour l'été" (photo MN)
Désormais le cinéaste entre en apnée dans la chambre de montage : "l'enjeu c'est de présenter le film pour l'été" (photo MN)
SI le cinéaste éprouve un profond attachement à son pays, le cinéma de Pagnol y est pour quelque chose.  « Ce rôle de miroir que jouent ses films n'a pas de prix ; on y voit autant la tragédie, la comédie que le témoignage d'une époque, et j'ai toujours été fasciné par ça ».
 
Malgré la démonstration qu’en fait l’ouvre de Pagnol, nombre de cinéastes se refusent à penser qu'aujourd'hui le cinéma peut aussi parler des gens d'ici. « Quand j'ai commencé le métier, on m'a toujours dit ''tu te prends pour Pagnol'', comme si après lui on n'avait plus le droit de faire des films dans cette région » s'étonne Christian Philibert.
 
Toutefois, Christian Philibert a en mémoire une discussion avec de jeunes spectateurs : « Ce qu'on voit dans Espigoule c'est ce qu'on a perdu dans mon village et que je n'ai pas connu » lui disaient-ils.
 
Il s’agit d’échanges  encourageants pour le travail de ce cinéaste qui « pense que plus ça va aller, plus (ses) films feront sens pour le nouveau public ». Son optimisme se renforce avec l'engouement qu’a connu Afrik'Aïoli au Sénégal.
 
En effet, là-bas « les copies piratées de mon dernier film circulent de partout, le film passe à la TV. Mais qui le sait ici ? », s’étonne avec amusement Christian Philibert.
 
Il veut espérer le même élan pour son prochain film, Massilia Sound System, même si « c'est toujours pareil, il faut un déclic, en parler pour que les gens viennent voir les films ».
 
Aquò d’Aquí a probablement beaucoup fait pour susciter ce « déclic ». En étant le premier média à informer sur l’opération de financement participatif des Films d’Espigoule, notre journal a très vite dirigé près de 6000 internautes vers le site de KissKissBankBan k, et contribué à la réussite de l’opération, moins de quinze jours après son lancement.

Pour autant celle-ci continue, et le cinéaste n'aura pas trop de soutiens pour mener son prochain film jusqu'aux écrans de nos cinémas.

Lire aussi : Christian Philibert, un anti santon sans complexes
et aussi
Espigoule prépare LE film sur Massilia Sound System

Lundi 14 Mars 2016
Amy Cros




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