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Journée historique pour les langues régionales

La loi dite Molac donnera des droits à l'enseignement des langues minoritaires en France, enfin ! ça ne s'est pas fait tout seul.

Bien des lecteurs d'Aquò d'Aquí ont été surpris, le 8 avril, du vote écrasant des députés en faveur de la loi de Protection des langues régionales, avancées par le groupe parlementaire Libertés et Territoires. Pourtant une observation un peu fine des évènements qui ont conduits à cette issue aurait rassurée plus d'un.

















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Cantejadas : le grand moment du chant provençal pour 500 élèves


Un conte original pour ligne rouge, et des chants en occitan qui parsèment la soirée, ce sont les Cantejadas. La manifestation rassemblera le 14 mai 2013 à Aix en Provence plus de 500 élèves de six écoles. Une préparation au long cours et une petite équipe organisatrice parvient à réaliser tous les deux ans ce petit exploit. Non sans mal, mais non sans aides.



533 enfants sont attendus pour chanter en occitan à Aix, plus qu'en 2009 (comme ici, photo MN)
533 enfants sont attendus pour chanter en occitan à Aix, plus qu'en 2009 (comme ici, photo MN)
En 2009 les pelouses vertes de la Bastide Cézanne étaient noires de monde ; 500 élèves et 2000 parents et amis pour les entendre chanter en langue régionale occupaient le terrain dans la douceur d’un soir de mai.
 
En 2011 c’est au Parc Jourdan, toujours à Aix-en-Provence, que les tribunes avaient été dressées. « En fait l’affluence était encore plus importante » souligne Jean-Pascal Richard, depuis le 1er avril dernier chef du Service des Affaires Provençales pour la Ville d’Aix-en-Provence.
 
C’est là que, le 14 mai 2013, une fois l’énorme travail de préparation enfin terminé, que 530 enfants monteront sur une immense scène pour ponctuer de chants en langue d’oc l’histoire qu’est en train de terminer Rémi Salamon.
 
Cet ancien instituteur, grand voyageur, s’est isolé au Maroc pour créer le conte qui servira de fil conducteur à cette soirée. « C’est dans l’urgence qu’il travaille le mieux, et toute l’opération repose sur un sacré capital de confiance entre tous les acteurs » explique Jean-Pierre Reynaud, son compère en projets artistiques, lui aussi maître d’école récemment retraité, et maître es logistique des Cantejadas.

Projet collaboratif à l'heure d'internet

Rémy Salamon peaufine actuellement le texte du conte inédit qui sera le fil conducteur des Cantejadas (photo MN Archives)
Rémy Salamon peaufine actuellement le texte du conte inédit qui sera le fil conducteur des Cantejadas (photo MN Archives)
La manifestation, depuis le début du siècle, implique les écoles qui mettent le provençal au cœur du projet pédagogique. Les centres continus d’apprentissages de la langue régionale (27 à ce jour dans les Bouches-du-Rhône), mais pas que…  « A côté d’elles il y a des écoles qui y trouvent un intérêt, ne serait-ce que parce qu’un tel moment valorise fantastiquement les enfants » remet JP Reynaud.
 
Ainsi de l’école de Miramas le Vieux, qui participera cette année, sans que l’occitan ne fasse partie de ses fondamentaux. Mais qui sait si ce soir du 14 mai ne sera pas, au fond, un commencement ?
 
Six écoles participeront, 20 classes, 533 enfants. Une fois sur scène, vers 20 h 30, les élèves chanteront sur la musique de…qui lui-même lancera ses morceaux du répertoire trad à partir des différentes séquences du conte lu par Rémy Salamon.
 
La difficulté de la coordination, qui réclame temps et travail, n’est pourtant pas insurmontable. Heureusement car avec l’ampleur prise par l’organisation, l’initiative aurait pu être victime de son succès et en mourir. « C’est un projet éclaté rendu possible par internet » soutient JP Reynaud. La plupart des acteurs devraient se réunir dix fois, et organiser une répétition générale, sans la magie du web, versus email. L’un travaille à Aubagne, l’autre vit à Mouriès, le troisième reste à Lambesc, et les services communaux sont Aixois…Que de kms évités !

Répétitions dans chaque école avec un référent artistique de l'Académie

Les enfants eux mêmes ne supportant pas les "couacs" le projet artistique a été suivi et coordonné avec intervenants, maquettes, répétitions...et beaucoup d'emails (Photo MN)
Les enfants eux mêmes ne supportant pas les "couacs" le projet artistique a été suivi et coordonné avec intervenants, maquettes, répétitions...et beaucoup d'emails (Photo MN)
«  Je m’occupe de fournir aux musiciens les chants envisagés, et les fichiers MP3 circulent ! » reprend JP Reynaud ; « puis les musiciens ayant fabriqué une maquette, un CD en fait,  celui-ci permet aux enfants de toutes les écoles de répéter.  Nous recevons l’aide bienvenue de Gilles Maille, le conseiller pédagogique spécialisé Musiques des Bouches-du-Rhône e notre référent artistique. Nous avons réuni en avril à Aubagne les enseignants, spécifiquement, pour chanter ensemble ; mais l’ensemble des participants ne sera vraiment réuni que le jour « J ».
 
L’équipe, pour vaillante qu’elle soit, doit s’appuyer sur des soutiens publics. Celui de l’Association pour l’Enseignement de la Langue d’Oc (Aeloc), qui s’occupe tout à la fois du goûter, de la location de la scène, et des transports scolaires, que prend financièrement en charge le Conseil Général des Bouches-du-Rhône.
 
La Ville d’Aix-en-Provence, de son côté, va mettre à disposition une partie de son personnel, pour assurer la préparation de la journée. « Depuis le balisage et l’accès jusqu’à la présence des pompiers, il faut coordonner bien des gens et s’assurer que la règlementation est partout respectée » ajoute Jean-Pascal Richard.

Pas d'école aixoise mais deux du pays d'Aix

L’élue référente, Arlette Ollivier, s’est entendue avec sa collègue déléguée aux Ecoles, Patricia Larnaudie. Elles ont décidé de faire des Cantejadas, le spectacle pilote de « C’est Sud », la manifestation aixoise printanière, qui se décline en spectacles gratuits.
 
Mais, ombre au tableau, cette année, toutes les écoles pressenties ne sont pas entrées dans le projet. «  Pour certaines ça a pu paraître lourd, et parfois un congé maternité suffit pour nous priver momentanément d’un référent dans telle école. » déplore Jean-Pierre Reynaud. Il regrette qu’à Aix même, il ne se soit pas trouvé de centre continu pour participer. Toutefois dans le Pays d’Aix, les écoles de Callas et de La Barque, sont bien présentes dans la préparation de ces Cantejadas.
 
« Des bénévoles et une association comme l’Aeloc, supportent le projet, mais nous ne sommes pas un service ! Ça ne peut durer qu’avec une implication des écoles », dit encore l’organisateur.
 
L’école d’Aubagne Jean Mermoz II, elle, vient de rejoindre les Cantejadas aixoises, et fera le voyage avec 280 élèves. Nuance ! En fait « nous faisions nos Cantejadas à Aubagne, tant que la Ville nous confiait une scène pour ça » explique Frédérique Durand, une des enseignantes. 
2000 parents et amis pourraient, avec les curieux, assister au Cantejadas le 14 mai au soir (photo MN)
2000 parents et amis pourraient, avec les curieux, assister au Cantejadas le 14 mai au soir (photo MN)

Tous les parents ne pourront venir

L’équipe a hésité un temps à faire le déplacement. « Les parents ne viendront pas comme ils seraient venus à Aubagne, et certains enfants ne participeront pas ». Mais contribuer à l’aventure et à la pérennité de la manifestation a finalement paru le plus important. « Pour la prochain édition en 2015 ? On verra ce que ça aura donné en 2013 ».
 
En attendant, l’espace d’une soirée, la langue occitane en Provence sera entendue par plusieurs milliers de parents, d’amis ou de curieux. Le fait qu’elle soit chantée par des enfants pour qui ce sera un grand moment, est en soi un évènement porteur d’avenir pour la langue régionale.
  

Mardi 7 Mai 2013
Michel Neumuller




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Nos villes avec leur nom historique et sans enquiquineur procédurier

Un aspect de la loi Molac, votée le 8 avril, est resté à tort dans l'ombre : le droit de nommer ses rues et ses entrées de ville sans être harcelé par un obsédé de la langue unique.

De la loi loi nº 2548 relative à la protection patrimoniale des langues régionales et à leur promotion, désormais connue sous le nom de son promoteur, Paul Molac, nous avons surtout retenu les articles permettant de renforcer l’enseignement bilingue dans les établissements publics.

 

Cependant s'il est un aspect de la promotion des langues minoritaires qui a été négligé par les commentateurs, c’est celui de la signalétique bilingue. C’est un tort car cette possibilité, enfin débarrassée des attaques imbéciles de soi-disant libres penseurs, fera évoluer les mentalités de nos concitoyens, à qui sera rappelée aisément la fierté de leur terroir.




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