Aquò d'Aqui


Lo dire d’Elie Lebre (15)

Comment un paysan provençal du XXème siècle disait son temps, les saisons, le bon sens... dans sa langue de tous les jours. Quinzième semaine…

Ouvrage édité par l'Aeloc
L’agriculteur érudit et curieux Elie Lèbre (Cucuron –  Luberon : 1920-91) par bonheur rencontra l’occitaniste Madeleine Jaquier, et le fruit d’années de collectage nous a permis d’en savoir beaucoup sur la manière vivante et quotidienne de parler provençal.
 
Avec l’aimable autorisation d’Alain Barthelémy-Vigouroux qui a organisé la masse de notes et d’enregistrements issus de ce travail, nous vous en offrons un morceau chaque semaine, en vous recommandant d’acquérir le livre édité par l’Association Pour l’Enseignement de la Langue d’Oc .






Rompedura

La nouvelle Assemblée Nationale verra entrer les députés RN comme jamais. Une rapide analyse sortie des urnes nous dit partiellement pourquoi : ils sont élus là où les ruraux n'en peuvent mais, là où ont socialement fui les déclassés des villes. Ce que montre ce scrutin c'est que la fracture sociale est aussi territoriale.

Amb la nòva Assemblada Nacionala, es ti que faudrà li vèire lo senhau d’un reviscolament de la gaucha, fòrça (tròp?) diversa, o la confirmacion que l’extrema drecha planta cavilha definitivament dins lo paisatge politic  ? O fins finala aqueleis eleccions aurián fa mòstra que lo desesper sociau assaja de trobar un solucion politica ?








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Le vocabulaire provençal par le théâtre


Février 2010, la compagnie montpellieraine "La Rampa" joue à Aix-en-Provence "Lo boçut" pour l'école des Platanes. Les maîtres en font une occasion d’apprendre le vocabulaire occitan, de le prononcer correctement, et de favoriser l’échange direct entre les enfants. Allons voir comment ça se passe dans la classe de maternelle des Platanes, à Aix-en-Provence. Pour commencer on se baisse à hauteur de tatamis, parce qu’on n’est pas encore bien grand, entre 2 et 4 ans.



Une occasion d’échanger et d’apprendre en s’amusant pour qu’il en reste quelque chose plus tard (photo MN)
Une occasion d’échanger et d’apprendre en s’amusant pour qu’il en reste quelque chose plus tard (photo MN)

Sur le tableau blanc a été collée l’affiche du « Boçut ». L’institutrice y applique une sorte de pochoir dans lequel des fenêtres ont été découpées.


Derrière l’une apparaît la roulotte du décor du « Boçut », derrière une autre, c’est la serviette magique qui, dans cette pièce joue un grand rôle. Quelques uns des petits assis en « U » sur leurs bancs penchent la tête pour mieux voir. Ils se retrouvent dans un territoire connu, celui de la pièce que Le Théâtre de la Rampa a joué voici quelques jours.

Les places sont stratégiques devant le tableau. Séverine, l’instit, s’est volontairement assise au niveau des enfants. « Ainsi ils cessent de me regarder et sont prêts à se poser des questions entre eux ».


Petit nez mutin, avec un air tout à la fois sérieux et coquin, la jeune Lola la rejoint, et est invitée à retirer du panier posé devant elle un objet au hasard. De la « banasta » seront extraits un à un, foulard bleu, chapeau militaire, serviette etc. tous les objets déjà vus dans la pièce jouée par La Rampa.

 


Diphtonguer en s’amusant

Et chaque fois c’est l’occasion de nommer l’objet dans une sorte de rituel de questions-réponses qui titille la mémoire des maternelles et les rassure en fabricant un environnement sonore connu. « Qu’es aquò ? » demande Théo en se coiffant avec une grimace du « capeu », que plusieurs de ses petits camarades vont nommer en marquant avec un évident plaisir la diphtongue finale.


Ils ne le savent pas mais sont en train, mine de rien, d’acquérir un fondement de toutes les langues romanes et de l’arabe. Nous reviendrons dans quinze ou vingt ans pour compter le nombre de bi ou tri lingues qui seront issus de ce modeste moment d’occitan quotidien…

« Fòòòòrçaaaa ben ! » répondent en se frappant les mains plus d’un(e) à chaque bonne réponse. Mais un frisson de « haaaaa ! » accueille l’image de la sorcière quand Kelly la sort du panier. « Laaaaa Masca ! » disent les uns en ouvrant les yeux très grands et en joignant les petits poings contre la bouche en un évident signe de peur feinte. Avec le provençal, on s’amuse bien à se faire peur !

 


Bonheur phonétique

Lo Gibos, ou lo boçut en provençal, aura captivé 500 écoliers dans deux départements. Mais après le spectacle comment s'en servir ? (photo MN)
Lo Gibos, ou lo boçut en provençal, aura captivé 500 écoliers dans deux départements. Mais après le spectacle comment s'en servir ? (photo MN)

Un peu plus tard, les images, encore une fois rappelant les personnages du « Boçut » sont appliqués au tableau blanc, et c’est à nouveau l’occasion d’énoncer du vocabulaire. La sorcière se taille encore un beau succès à ce petit jeu.

Du « banaston », décidément une vraie corne d’abondance, on retire enfin divers personnages plats, colorés et plastifiés. Il y a un vrai bonheur phonétique à prononcer « la granolha », avant de jeter au sol le malheureux batracien vert fluo, bientôt suivi par un porcelet, un lapin et toute une ménagerie de livres d’enfants déclinée en langue régionale.

Après 20 minutes de ce moment quotidien d’occitan, on regrette presque l’arrivée de l’Atsem (la « tata », l’aide maternelle de l’Education Nationale, ndlr) qui vient chercher les enfants inscrits pour la cantine, puis celle des mamans qui une à une appellent leur enfant, pendant que le « gibós », le « lapin » e la « masca » retournent au panier magique de la maîtresse.

ws320943_entrevista_la_rampa.wma WS320943 Entrevista La Rampa.WMA  (4.58 Mo)


Vendredi 30 Juillet 2010
Michel Neumuller




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