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Journée historique pour les langues régionales

La loi dite Molac donnera des droits à l'enseignement des langues minoritaires en France, enfin ! ça ne s'est pas fait tout seul.

Bien des lecteurs d'Aquò d'Aquí ont été surpris, le 8 avril, du vote écrasant des députés en faveur de la loi de Protection des langues régionales, avancées par le groupe parlementaire Libertés et Territoires. Pourtant une observation un peu fine des évènements qui ont conduits à cette issue aurait rassurée plus d'un.

















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Gérard Tautil observe vingt-cinq ans de surplace républicain


Avec Psicòsi au Palais, Gérard Tautil réunit ses meilleures chroniques politiques en occitan. Elles soulignent qu’en France, le changement n’est pas pour demain. Et ce n’est pas d’hier !



Gérard Tautil observe la vie politique française avec la loupe occitane depuis 25 ans (photo MN)
Gérard Tautil observe la vie politique française avec la loupe occitane depuis 25 ans (photo MN)
A lire les chroniques politiques de Gérard Tautil, on en vient à avoir envie de relire Le Guépard, dans lequel Tomasi di Lampedusa fait dire à son héros : « il faut que tout change, pour que rien ne change ! »
 
Elisez un Sarkozy, zappez le pour un Hollande, répondez aux sirènes d’une Le Pen, entichez-vous d’un Mélenchon, rien n’y fera. Vous aurez certes mis le curseur vers un peu plus ou moins de démocratie, un peu plus ou moins de libéralisme. Mais nous vivrons toujours dans un pays aux institutions marquées par le centralisme jacobin, et au modèle économique libéral. Un cocktail qui réduit à néant toutes possibilités de changement en France.
 
Gérard Tautil nous laisse déplorer ce sur-place politique, de chronique en chronique, dans la presse occitaniste de Provence, depuis au moins 1993. Sa dernière chronique, publiée dans Psicòsi au Palais, date de la fin 2015, alors que viennent de se jouer les élections régionales. « La question occitane est une réponse au mal-être et à la précarité » y affirme-t-il. On sait que ces mêmes élections ont écarté la possibilité pour cette question, de s’exprimer dans l’hémicycle régional en Provence. Ça n’arrangera rien.

Démocratie réelle contre institutions bloquantes

www.ieo-edicions.com
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La question occitane, c’est cet appel à la démocratie réelle, partie du terroir. Les problèmes de la société doivent en effet trouver là une réponse qui mêle intimement le local et le global, avec le sentiment que, dans notre culture, se trouvent les réponses.
 
Sans quoi, en effet, la société française reste égale à elle-même, bloquée par un jeu institutionnel dans lequel la démocratie n’est jamais que formelle, n’attendant que la décision du palais.
 
L’adoption de l’article 75.1 de la Constitution, en 2008, obéissait à cette logique. Faisons quelque chose qui ne change rien, se sont dits sénateurs et députés. Et on a vu. Nos langues régionales sont reconnues sur le papier. Dans la réalité la réforme des collèges peut en désintégrer l’enseignement.
 
Les velléités de changement du nom de notre région font aussi partie de l’agitation contenue dans le bocal. PACA est décidément insortable ! Tous en conviennent, néanmoins Jean-Claude Gaudin en 1996, Michel Vauzelle en 2009 puis en 2014, créeront des commissions pour renommer le pays. Toutes proposeront « Provence », et tous leurs rapports seront remisés au tiroir.

L'idée occitane passe par la Bretagne

Idem pour ce serpent de mer qu’est la ratification de la Charte Européenne des Langues Minoritaires. Il réapparait chaque fois que l’Etat veut s’assurer qu’il peut le faire à nouveau plonger. Pour cela il passe par le Parlement. C’est une certaine conception du débat…
 
La révolte régionale bretonne seule, dans cette patinoire institutionnelle, a semblé changer quelque chose. Que le petit patron, le salarié et le chauffeur veuillent, avec le paysan, qu’une politique bretonne soit faite pour les Bretons, partant de leurs réalités, a affolé en 2013 tous les politologues, et tous les politiques.
 
Et c’est ainsi en pays celte que l’idée occitane s’est le mieux cristallisée ces dernières années. Sa portée est, estime Gérard Tautil, universelle. Plus de démocratie, moins formelle, à l’aune de la culture de nos pays, de leur vécu, devrait fournir un espace de réflexion à tous ceux qui cherchent une voie de sortie pour une cinquième république. Car cette dernière désormais se révèle une fantastique force de blocage pour la société française.
 
La vraie crainte de l’auteur, c’est qu’au nom du sacrosaint centralisme, les promoteurs de la sixième soient au moins aussi conservateurs que les tenants de la cinquième…
 
Gérard Tautil – Psicòsi au Palais, coll. Ensages, éd. IEO – 2016. 180p. ill. préf. Hervé Guerrera. Texte occitan de Provence, avec glossaire très complet des mots utilisés. 16€. (au passage profitons-en pour louer le très correct travail d’édition de l’IEO pour cette collection, aux textes vraiment mis en valeur) 

Vendredi 8 Avril 2016
Renat Mine





1.Posté par TAUTIL GERARD le 13/02/2017 10:14
Cet ouvrage est illustré par Jean-Louis RACOUCHOT qui, avec humour et perspicacité, a su coller à la réalité provençale, européenne et mettre en valeur les textes réunis dans ce recueil.

Un Grand merci à Jean-Louis pour ses illustrations irremplaçables.

G.Tautil

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Nos villes avec leur nom historique et sans enquiquineur procédurier

Un aspect de la loi Molac, votée le 8 avril, est resté à tort dans l'ombre : le droit de nommer ses rues et ses entrées de ville sans être harcelé par un obsédé de la langue unique.

De la loi loi nº 2548 relative à la protection patrimoniale des langues régionales et à leur promotion, désormais connue sous le nom de son promoteur, Paul Molac, nous avons surtout retenu les articles permettant de renforcer l’enseignement bilingue dans les établissements publics.

 

Cependant s'il est un aspect de la promotion des langues minoritaires qui a été négligé par les commentateurs, c’est celui de la signalétique bilingue. C’est un tort car cette possibilité, enfin débarrassée des attaques imbéciles de soi-disant libres penseurs, fera évoluer les mentalités de nos concitoyens, à qui sera rappelée aisément la fierté de leur terroir.




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