Catalogne : pourquoi le référendum d’autodétermination ?

Depuis que les Félibres ont chanté « Catalan de liuen o fraire… », nos voisins, frères linguistiques, ne nous laissent pas indifférents. Le premier octobre prochain ils choisissent de devenir indépendants, ou pas. Essayons d’expliquer pourquoi et comment.

Les médias français ont un mal certain à appréhender la réalité de la situation politique catalane d’Espagne. Avec, disons-le, une tour Eiffel en tête, les journalistes de la télévision hexagonale, en général, plaquent une conception française sur une réalité catalane.






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Le provençal pour 6000 élèves du 13


BOUCHES6DU6rHÔNEUn enseignement significatif de la langue régionale est reçu par une faible proportion des élèves du premier cycle dans les Bouches-du-Rhône. Soutenu par une équipe de formateurs ce système s’étend peu à peu, sur la base du volontariat enseignant.



Moins d'élèves comptés que l'an passé, mais dont l'Académie est certaine qu'ils apprennent effectivement le provençal (photo MN)
Moins d'élèves comptés que l'an passé, mais dont l'Académie est certaine qu'ils apprennent effectivement le provençal (photo MN)
Selon les statistiques de l’Inspection d’Académie des Bouches-du-Rhône, 5981 élèves des classes maternelles et élémentaires de ce département reçoivent un enseignement de provençal, alors que 3317 d’entre eux ont aussi un enseignement en provençal durant quelques heures par semaine.
 
A priori ce serait un recul, puisque l’an passé, les mêmes services avaient comptés 7000 élèves bénéficiant d’une initiation ou d’un enseignement en langue d’oc.
 
« En fait nous avons mieux défini ce qu’était un enseignement en provençal et des écoles « à pratique isolée » où cet enseignement n’avait qu’une réalité faible ont été sortis de nos statistiques, afin de rendre à celles-ci leur cohérence » selon un responsable académique.
 
Là où, une fois l’an, on avait entendu la langue régionale en classe, on ne pouvait parler sérieusement d’enseignement.

Six heures par semaine avec des enseignants formés

Trois écoles publiques ont désormais un statut d'école bilingue. Le processus dure trois ans (photo MN)
Trois écoles publiques ont désormais un statut d'école bilingue. Le processus dure trois ans (photo MN)
Près de 6000 élèves entendant en classe la langue régionale, cela pourrait être perçu comme positif. Cependant il faut comparer ce chiffre avec celui des 180 000 élèves du premier cycle dans les Bouches-du-Rhône. Cela relativise sacrément.
 
Encore y-a-t-il plusieurs niveaux d’enseignement. D’abord les écoles à pratique isolée, ou un maître assure effectivement un enseignement, mais hors des protocoles scolaires existants.
 
Et puis les Centres d’Enseignement Continu de la langue régionale, où l’enfant reçoit un enseignement du provençal 3heures par semaine, et un enseignement d’une autre matière, en provençal, de 3 heures hebdomadaires également.
 
Ces écoles-là disposent d’un enseignant spécialement formé par une « Mission académique de la langue régionale ». Quatre conseillers pédagogiques, recouvrant trois postes plein temps, accompagnent les professeurs des écoles, fournissent un matériel pédagogique créé localement, et veillent ensuite à la bonne tenue de ces enseignements.
 
C’est un cas unique à notre connaissance de système volontariste dans l’enseignement public. Mis en œuvre dès le début des années 1980 par le regretté Guy Garnier, il a été poursuivi et amplifié dans les années 1990.

Trois écoles publiques bilingues

Un élève sur trente dans les Bouches-du-Rhône bénéficie d'un enseignement dans la langue de sa région. Trop peu pour quo'n puisse parler de droit, et pourtant bien plus que dans tous les autres départements de l'Académie d'Aix-Marseille (photo MN)
Un élève sur trente dans les Bouches-du-Rhône bénéficie d'un enseignement dans la langue de sa région. Trop peu pour quo'n puisse parler de droit, et pourtant bien plus que dans tous les autres départements de l'Académie d'Aix-Marseille (photo MN)
Issues de ces CEC, trois écoles ont sauté le pas du bilinguisme : Maillane-Mistral en 2010, Martigues-Damofli l’année d’après, et Gardanne-Triolet à la rentrée 2013.
 
Là avec une majorité du corps enseignant dûment certifié, un personnel Atsem impliqué, et des parents consultés, en trois ans la moitié des enseignements passent du français au provençal.
 
Facteur d’intégration régionale pour les jeunes issus des immigrations, assise culturelle territoriale solide pour les autres qui n’entendent pas ou plus l’occitan en famille, et passerelle pour tous vers le plurilinguisme, le provençal à l’école est vu par la quasi-totalité des acteurs comme positif à tous égards.
 
Mais il ne peut être dispensé que par un corps enseignant volontaire de 226 professeurs des écoles, formé, nommé sur des postes fléchés, et pour tout dire impliqué.

Les conditions de la qualité de cet enseignement sont aussi fatalement la raison de son caractère trop confidentiel. 

A ville nouvelle langue ancienne

25 centres d'enseignements continu de la langue régionale. Un chiffre qui peut s'étoffer si les professeurs peuvent être formés par une équipe trop restreinte de conseillers pédagogiques (photo MN)
25 centres d'enseignements continu de la langue régionale. Un chiffre qui peut s'étoffer si les professeurs peuvent être formés par une équipe trop restreinte de conseillers pédagogiques (photo MN)
Les enseignants formés par la Mission Académique, sont issus de stages « de zone ». Car c’est sur une aire territoriale que les agents de la Mission organisent une série de formations « en privilégiant  ceux qui s’engagent ».
 
Le système vise à l’efficacité avec un nombre de formateurs trop restreint. Il ne répond donc plus guère au désir de découverte d’enseignants qui, « veulent voir d’abord » avant de s’engager dans un nouveau tournant de leurs pratiques.
 
17  nouveaux enseignants ont toutefois ainsi été habilités à enseigner dans les CEC en 2012-2013.
 
Les CEC, au nombre de 24 pourraient être rejoints en 2014-2015 par quelques autres, dont une école à Puyloubier.

Ce fut le cas de l’aixoise La Duranne, à la rentrée 2013, située dans un quartier neuf posé par caprice d’urbaniste près des nouvelles zones d’activités aixoises mais loin de la ville elle-même.

Une ville nouvelle où toute référence culturelle régionale avait été bannie verra donc les élèves initiés à la langue régionale. Un verrou à leur pleine intégration aura sauté. « Quau tèn la lengo, tèn la clau », non ?

Mardi 3 Juin 2014
Michel Neumuller




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