Catalogne : pourquoi le référendum d’autodétermination ?

Depuis que les Félibres ont chanté « Catalan de liuen o fraire… », nos voisins, frères linguistiques, ne nous laissent pas indifférents. Le premier octobre prochain ils choisissent de devenir indépendants, ou pas. Essayons d’expliquer pourquoi et comment.

Les médias français ont un mal certain à appréhender la réalité de la situation politique catalane d’Espagne. Avec, disons-le, une tour Eiffel en tête, les journalistes de la télévision hexagonale, en général, plaquent une conception française sur une réalité catalane.






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Durant la concertation pour le SRADDT : « bon ! maintenant qu’on a entendu le discours en guerrera… »


En 2012 à Aix, certains commencent par chambrer l’élu qui s’exprime en occitan pour lancer la concertation, puis les moqueurs se font petits…car, dans la salle, le public a réagi.



De nombreux débats décentralisés et très courus durant le processus de discussion du Sraddt, et autant d'occasions de "faire clantir la lenga" (photo MN)
De nombreux débats décentralisés et très courus durant le processus de discussion du Sraddt, et autant d'occasions de "faire clantir la lenga" (photo MN)
L’acceptation de la langue régionale dans le long processus d’élaboration du Schéma Régional d’Aménagement et de Développement Durable du Territoire (SRADDT) aura été tout autant préparée que la définition des espaces à protéger ou à réserver au développement des voies de transports et autres zones d’activités.
 
Une anecdote pourra aider à le comprendre. En janvier 2012, à l’Institut d’Etudes Politiques d’Aix-en-Provence cent-cinquante personnes sont réunies pour plancher sur le SRADDT alors en construction.
 
A la tribune, Hervé Guerrera, à qui Michel Vauzelle a confié ce travail de longue haleine, et entre autres élus, Christophe Castaner, alors délégué  à l’Aménagement du territoire.
 
Le rapporteur commence à présenter les enjeux et la méthode, en provençal. Silence, sourires ici, air impatient là…Après une minute de discours en occitan, Hervé Guerrera passe la parole à un autre élu, qui tente un trait d’humour : « après ce petit discours en guerrera, nous allons commencer les choses sérieuses… ».
 
Sous-entendu, « vous êtes le seul à parler ainsi, et on vous passe votre caprice, mais n’exagérez pas ! »

"La langue occitane est une composante forte de notre identité"

Un homme demande la parole, au premier rang dans le public. « Vous ne devriez pas vous moquer de notre langue régionale, elle affirme notre volonté d’ancrage territorial ; et la culture fonde l’aménagement d’un territoire que nous voulons discuter ».
 
Silence un peu gêné, à la tribune, à la suite de cette première intervention d’un jeune retraité de l’administration agricole et forestière. On  passe la parole à un autre homme qui, lui, est au milieu de la salle.
 
« Il me semble que l’aménagement régional que nous voulons ne doit pas faire appel à la concurrence entre territoires que certains ont en tête. Nous ne concurrencerons pas Toulouse en matière d’aéronautique. Il est préférable de bien diagnostiquer nos forces et nos faiblesses afin de générer un aménagement porteur d’avenir pour la Provence. Or, pour cela nous devons être certains de notre identité et de ses composantes » dira ce viticulteur du terroir de Bandol ; « et parmi ces composantes, la langue occitane est un point fort, qui nous distingue et tout à la fois nous rapproche de nos voisins européens de langue romane ».
Un viticulteur défend à Aix l'espace agricole ...et la langue occitane comme éléments de durabilité de l'aménagement du territoire provençal (photo MN)
Un viticulteur défend à Aix l'espace agricole ...et la langue occitane comme éléments de durabilité de l'aménagement du territoire provençal (photo MN)

"La langue d'oc c'est ce qui vous rend uniques et capables de vous affirmer"

Re-air gêné de certains qui ne venaient là que pour affirmer leur désir de routes, autoroutes, aéroports et méga-zones d’activités partout…Quand passerait-on enfin aux choses sérieuses ?
 
Le troisième intervenant enseignait à l’IEP même. Avec un léger accent britannique, il tenait à exprimer sa satisfaction. « Je suis Canadien anglophone, et je dois dire que depuis que je vis chez vous je suis tellement étonné de ne pas entendre la langue dont le monde entier sait qu’elle marque votre région. La valoriser c’est important, puisque cela vous pose comme différents et uniques dans le monde, et donc capables d’affirmer la différence de vos points de vue ! Une bonne base pour parler de ce que vous voulez pour votre propre région ».
 
Le ton était définitivement donné. Plus personne ne trouverait opportun de soupirer d’impatience en attendant que l’orateur ait fini de parler croquant…de parler « guerrera », puisque la langue d’oc était partagée par nombre de ceux qui voulaient discuter l’aménagement régional.

Au fond, il suffisait de l'affirmer dans le discours public pour que des solidarités, elles aussi publiques, s'expriment.

Lire aussi : L’aménagement du territoire en occitan aussi

Dimanche 28 Juin 2015
Michel Neumuller





1.Posté par Tautil Gérard le 01/07/2015 19:20
Osca Arvèi, per ton travalh sensa remlambi e la mesa a jorn de la personalitat d'Oc dins lei debats publics!

2.Posté par Demaria Michèle le 02/07/2015 10:37
Toujours courageux, Hervé. Merci à lui et à ceux qui ont réfléchi autrement.

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