Régionalistes et acteurs culturels ont besoin de se parler




Il n’est pas certain que les participants régionalistes et les professionnels régionaux de l’animation culturelle des territoires se soient bien compris, le 11 décembre lors d’un colloque très fréquenté sur le développement durable des territoires via la culture.

acquérir les outils indispensables à la compréhension du territoire

Tout partait d’un bon sentiment frappé au coin de l’intelligence, dans ce colloque porté par l'Arpe Paca. La culture régionale participe du développement soutenable de Provence Alpes Côte d’Azur. On ne décline pas celui-ci de la même manière au Groenland, en Australie et en Occitanie, c’est l’évidence.

Mais en pratique qu’il a été difficile de s’entendre entre régionalistes qui venaient en nombre dans un atelier consacré à la culture régionale facteur de développement territorial, et les acteurs culturels de terrain qui avaient largement mis de côté la langue d’Oc dans leurs pratiques !

Les premiers étaient en demande de reconnaissance. Une demande exigeante, incontournable, irrédentiste, qui fait face à un écrasement multiséculaire de la part de l’Etat, et d’une tenue à l’écart que celui-ci pratique toujours, autant qu’il le peut.

Les seconds bataillent ferme pour recréer du lien dans les quartiers déshérités et les campagnes reculées. Les oubliés des festivals bien dotés ont besoin de l’action de ces professionnels. Ils ont eux aussi besoin de reconnaissance, particulièrement à l’heure de la décroissance des budgets culturels.

On a bien du mal à voir en Romain Chaffard (Le plancher des chèvres, 83 Bauduen) un fossoyeur de la culture régionale. Installé dans le Haut-Var, il y organise des représentations théâtrales chez l’habitant une fois les touristes partis, à la fin de l’été. Avec lui, les voisins parlent aux voisins ! Ils échappent aussi à la télévision.

On serait bien en peine de vêtir Marc Mallen, du Centre d’Oralité Alpine, du costume du parfait écraseur de langue occitane. Il cherche à favoriser la parole des anciens, de ceux qui ont à construire pour nos enfants une mémoire du pays.

Mais il est évident que ces acteurs-là, et des centaines avec eux, n’ajoutent pas, ou peu, la langue régionale à leur panoplie d’outils. Et sans celle-ci, du point de vue régionaliste, ils remplissent imparfaitement leur rôle. La faute, souvent, à la méconnaissance de l’occitan qu’on parle chez eux, et parfois à l’incompréhension de la sociolinguistique qui leur dirait pourquoi de parfaits occitanophones ne leur parleront jamais que français.

C’est aux défenseurs de la langue occitane, dans toutes ses variétés dialectales, de faire le chemin nécessaire pour que ces professionnels comprennent mieux l’enjeu. C’est grâce aux promoteurs de la langue d’oc que les acteurs culturels des territoires doivent acquérir les outils indispensables pour réaliser au mieux leur mission.

Si la bonne volonté des uns est réelle, et si les autres peuvent modérer leur envie de reconnaissance pour jouer efficace, il doit être possible de se parler…durablement, pour le plus grand bien des uns, des autres, et de leur public : cinq millions de Provençaux, Niçois et Gavots, de toutes origines.

L’enjeu n’est donc pas mince.

 

Mercredi 12 Décembre 2012
Michel Neumuller