Une télé occitane pour entendre du provençal


Un projet de web télé en occitan est en train de naître à Pau. Il mutualiserait les moyens, et donc optimiserait les coûts. Si les collectivités de Paca entraient dans le jeu, nous verrions donc augmenter l'offre d'émissions en provençal, niçois et occitan alpin sur internet.



Il faut bien le dire, le combat pour une télévision publique qui propose de l’occitan est de tous les instants, depuis trente ans. Les directeurs d’antenne y sont – à d’extrêmement rares exceptions près – tous allés à reculons. Sans une charte qui leur fait obligation de proposer la langue régionale, nous n’aurions pas un mot de provençal, de niçois ou d’occitan alpin à France 3.
 
Il n’est qu’à voir, dès qu’un match de tennis ou tout autre évènement sportif se profile, comment on supprime par priorité ces émissions pour faire de la place. Ecoeurant mépris !

Mutualiser pour profiter à tous, de Bordeaux à Nice

Vous êtes-vous demandé pour quelle raison la toute petite demi-heure que la télévision régionale octroie chaque semaine à l’occitan était à ce point bardée de sous titres ?
 
Pour aider les apprentis locuteurs ? On n’a même pas le temps de tout lire ! …
 
La vraie raison est que la direction de l’antenne veut pouvoir contrôler à tout moment ce qui s’y dit. Plutôt que de se mettre à la langue régionale pour la comprendre un tant soit peu, ces messieurs préfèrent jouer les « Big brother ».
 
Ces sous titres intrusifs qui fatiguent le téléspectateur lui sont imposés, car les pontes de France 3 craignent que les journalistes de ces rares émissions ne disent des choses intelligentes qui pourraient faire débat. Notre intime conviction à ce sujet est née de discussions avec certains de ces professionnels, au cours des années écoulées.
 
Le service public audiovisuel, auquel nous tenons, est conçu comme le lieu où, en langue régionale, rien ne doit se dire. Super !
 
Aussi, nombreux sont ceux qui se sont mis à espérer quand, courant 2012, l’idée fut émise qu’une TV internet en occitan pourrait naître, portée par des gens d’expérience.
 
Ceux-ci ont choisi très récemment l’Hestiv’Òc de Béziers pour présenter leur projet. La grande fête populaire serait aussi l’acte de baptême d’une télé privée enfin en occitan, sans les contraintes qui lui sont imposées par le soi-disant service public.
 
Sans les coûts non plus. Le projet tel que divers élus bretons de passage à Marseille en janvier nous en avaient parlé, devait coûter 400 000 €.
 
L’animateur du projet, Lionel Buannic, a parlé lui de 200 000€ à l’Hestiv’Òc. Ce journaliste, Breton bretonnant de 40 ans, n’est pas inconnu. Avec des moyens plus importants misés par Patrick Le Lay, il a travaillé sur TV Breizh. M. Burannic en avait été le rédacteur en chef entre 2000 et 2005, après être passé par France 3 Bretagne.
 
Las, le président de TF1, l’homme du « temps de cerveau disponible », n’a pas mis longtemps à élaguer le breton de sa télé bretonne.
 
Son ex rédacteur en chef, lui, a continué dans la même draïa. Il a créé sa maison de production et a lancé en 2006 sa web télé, BrezhoWeb, aujourd’hui conventionnée par le CSA.
 
Cette télévision en ligne a fait appel à la mutualisation de moyens. Et celle-ci devrait profiter la télé oc qu’il est venu installer à Pau. Il mise sur un fonds commun d’émissions, qu’une équipe de traducteurs s’occupera de  doubler, en les adaptant aux réalités dialectales régionales.
 
Et c’est ici que nous devons revenir tristement en Provence.
 
En effet le budget de la web télé sera financé pour l’essentiel par les conseils régionaux d’Aquitaine et de Midi Pyrénées, qui mettent chacune 50 000 € sur le projet, pendant que le Département de Dordogne s’engage à hauteur de 15 000 €.
 
Soyons réalistes, avec sept permanents et une cinquantaine d’intermittents, nous ne voyons pas comment ce budget serait suffisant. Mais nous ne savons encore rien des revenus que pourra tirer la web télé, d’abonnements, de publicités ou d’autres sources. Et sans prise de risques on ne ferait rien.
 
C’est là que nous regretterions qu’une telle initiative, mutualisée justement, ne soit pas aidée d’ici même. Car si elle l’était, on entendrait enfin du provençal, de l’alpin et du niçois dans les fictions, dessins animés ou émissions d’information, sans qu’il soit besoin d’attendre des années pour la moindre série, ni ne devoir pleurer auprès des chaînes, pour espérer voir un téléfilm dans lequel nous entendrions trois minutes d’occitan par heure.
 
C’est ici que nous devons (encore !) évoquer les localistes étroits que nous dénonçons régulièrement ! Leur offrir sur fonds publics, comme ils le réclament, les moyens de créer un soi-disant observatoire du provençal, conçu comme un porte-missile de l’anti occitanisme, à coups de centaines de milliers d’€uros, serait contre-productif au dernier degré pour la langue d’oc telle qu’on l’utilise en Provence Alpes Côte d’Azur.
 
Jouer l’ouverture au contraire, mutualiser les moyens, limités certes, mais utilisés par de vrais professionnels, entre Bordeaux et Nice, soit dans l’espace de la langue d’oc, toutes variétés dialectales comprises, permettrait des retombées pratiques pour un meilleur partage de cet occitan que nous parlons de ce côté-ci du Rhône.
 
A côté des émissions de France 3, pour lesquelles il faudra continuer à se battre, un espace télé pour le provençal, le niçois, le gavot, créerait une émulation d’autant plus saine, qu’elle n’aurait rien à voir avec l’état d’esprit dans lequel travaillent les infra-régionalistes auxquels nous faisions allusion.
 
Embastiller le provençal et rejeter tout ce qui ne porte pas la lavallière d’un côté, ouvrir l’avenir à la richesse linguistique variée des pays d’oc de l’autre côté. Nous aurions vite fait de choisir.
 

Mardi 27 Aout 2013
Aquò d'Aquí