Quarante ans après les Calandretas toujours vives

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Quarante ans après les Calandretas toujours vives






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Marseille la tartuferie a assez duré


MARSEILLE. Etudiant en sciences politiques, Julien Bonnefont a consacré un mémoire au rapport entre urbanisme et population à Marseille au mitan des années 2010. Comme d’autres, il pointait à l’époque les risques induits par un laisser-aller des pouvoirs municipaux quant aux populations modestes de la ville-port.



Julien Bonnefont (photo XDR)
Julien Bonnefont (photo XDR)
Cinq morts à Marseille, et peut être davantage dans les heures et les jours à venir… Les secours sont à pied d’œuvre rue d’Aubagne pour sauver ce qui peut encore l’être après l’effondrement de trois immeubles en plein centre-ville en début de semaine.  

Une histoire tragiquement sanglante qui en rappelle une autre, celle de l’incendie des Nouvelles Galeries le 20 octobre 1938, sur la Canebière à deux pas du quartier de Noailles à la marge duquel s’est joué le drame de la rue d’Aubagne. Inlassablement l’histoire se répète : 70 vies brisées à l’époque, et combien aujourd’hui ? Lugubrement la même question résonne : pourquoi et comment ?
Le Maire, Jean-Claude Gaudin, incrimine « la pluie » et les « propriétaires peu scrupuleux » du désastre…  On ne sait plus si se sont des larmes de tristesse ou de rage qui coulent devant l’ultime tartuferie de celui qui occupe le devant de la scène marseillaise depuis 23 ans.
 
C’est pourtant bien le Maire qui, depuis 1997, est à la manœuvre pour « rénover » et « requalifier » le centre de Marseille. Avec un objectif clairement assumé : « Le Marseille populaire, ce n’est pas le Marseille Maghrébin, ce n’est pas le Marseille Comorien. Le centre-ville a été envahi par la population étrangère, les Marseillais sont partis. Moi, je rénove, je lutte contre les marchands de sommeil, et je fais revenir des habitants qui payent des impôts » (J-C Gaudin cité par La Tribune le 5 décembre 2001). On n’est pas plus clair.
 
En réalité rien ne se passe comme prévu. J-C Gaudin recourt bien aux investisseurs privés et à la Société d’économie mixte Marseille Aménagement (SEMA) pour rénover les ilots insalubres du centre-ville…Mais le résultat est catastrophique. L’argent public est dilapidé dans les opérations fumeuses de SEMA à destination de sociétés immobilières et de propriétaires peu scrupuleux de la rénovation effective des logements…  Associée à une gestion opaque de l’aménagement municipal, les projets et les études s’accumulent en vain. Le Maire, de guerre lasse, décide de tourner son regard vers d’autres quartiers… tant pis pour les pauvres !
Cela n’a pas empêché durant toutes ces années les associations, comme un Centre-Ville pour Tous, de monter créneau pour défendre les habitants et alerter les pouvoirs publics. On voit aujourd’hui que c’était à raison. Mais rien n’y fait, pas même les deux rapports de la Chambre Régionale des Comptes en 1998 et 2013, ni le rapport rendu par Christian Nicol en 2015, chargé par la Ministre du Logement d'auditer les politiques de réhabilitation à Marseille. Chacun à leur manière ils tiraient pourtant la sonnette d’alarme.

Dans les prochains jours, quand les corps des derniers malheureux seront dégagés de cette avalanche de honte, il sera temps de rendre des comptes. 

L’attentisme de l’Etat est tout aussi coupable que l’incurie clientéliste de J-C Gaudin. Car enfin, celui qui joue les ravis de la crèche à longueur d’interviews, sait aussi très bien ne pas être un santon quand il s’agit de brader la ville aux promoteurs ou d’emmurer la Plaine sous des tonnes de béton. Malheureusement pour les habitants de la rue d’Aubagne, leurs vies valaient moins que les profits espérés d’autres opérations immobilières…

Comme dernier acte de sa vie politique, J-C Gaudin devrait avoir le courage de dire son incompétence, et d’assumer le bilan catastrophique de sa gestion municipale. Elle pénalise depuis trop longtemps Marseille et ses habitants.
 

Jeudi 8 Novembre 2018
Julien Bonnefont




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