Les chansons de Marie Rouanet rassemblées


L’auteure fut chanteuse occitane avant de devenir écrivain francophone à succès. Letras d’òc publie ses textes à chanter. La vie, l’amour, la mort, le monde sont rassemblés dans ces couplets qui devaient être immédiatement compris, et en même temps porter une ambition littéraire.



(photo JP Stercq DR)
Marie Rouanet, au cours des années 1990, a connu un succès d’écrivain, francophone. Elle fut même un temps, rééditée par le club France Loisirs, qui visait de façon captive plusieurs millions d’adhérents-acheteurs.
 
Elle eut toutefois une vie précédente, Maria Roanet, de chanteuse occitane. De chanteuse tout court.
 
A l’instar d’une quasi inconnue comme Rose Salle, elle le précise dans l’avertissement du recueil que consacrent Letras d’òc a ses chansons « Lo vèspre es roge, aurem bèl temps », à une époque désormais reculée, la chanson emplissait l’espace des gens.
 
« Depuis les plus lointains de mes souvenirs, je trouve la chanson » écrit-elle. « A l’école, à l’église, à la radio, aux vendanges, dans nos jeux d’enfants, fleurissaient des chansons ».
 
L’épouse d’Yves Rouquette, à l’ouïe pétrie par les succès populaires que la radio serine : Nikita, jolie fleur de Java…Les roses blanches…Guy Béart, montera sur scène et dans le train de la nouvelle chanson occitane, au cours des années 1970.
 
Elle n’oubliera pas alors que le chant doit se tenir « dans une langue concentrée, frappant au plus juste, une musique qui ne cherche pas à étonner, comme évidente, une sorte de vêtement où le texte soit à l’aise ».
 
C’est ce texte qu’elle propose dans les soixante-cinq pages d’un ouvrage soigné comme sait les proposer cet éditeur de belle qualité.
 
Pourtant ses chansons ont de l’ambition, plus que ne veut bien le reconnaître l’auteure. « Quand lo grand coamèl montarà / L’ange de Dieu davalarà / Del cèl poirit per nos jutjer / E la trompeta sonarà / Sus nòstre mond arroïnat » (A la mòrt).
 
Mais elle n’oublie jamais l’univers simple de la comptine, qui est celui du plaisir : « Una galina blanca / Veniá pòner dins la cambra / Veniá pòner dins l’erbeta » (Los uòus).
 
Et pas plus de rassurer, dans un monde anxiogène, ceux qui l’entendent. La vie est belle, malgré tout, ne l’oubliez pas, semble-t-elle dire, ou plutôt chanter avec : « I a tant de mascas / I a tant de fadas / Que siás pas sol / Dins ta calor / Lo sòm es mofle, dintra dins aquel cocon » (Breçairòla per Lionèl).
 
Lo vèspre es roge, aurem bèl temps  - paroles des chansons de Marie Rouanet, ed. Letras d’òc, 165p. 21€ (Letras d’òc – bât. L’Aune – 5 rue Pons, Capdenier  -  31500 Toulouse).

Mercredi 25 Février 2015
Michel Neumuller