Joël Giraud était bien en faveur de LA langue d'Oc


ASSEMBLEE NATIONALE. Le député haut-alpin Joël Giraud avait involontairement soutenu les tenants d'un provençal séparé de l'ensemble de la langue d'Oc. Un certain lobbying associatif avait induit en erreur ses collaborateurs. Il explique à Aquò d'Aquí sa position réelle et se dit favorable à une modification de la Constitution en faveur des langues de France.



Joël Giraud se dit favorable à une modification constitutionnelle (photo MN)
Pétard mouillé ou acte de contrition ? Le député (radical de gauche) de L’Argentière-La Bessée et maire de cette commune alpine a fait savoir par son attachée parlementaire qu’un « coupé collé trop hâtif, une relecture succincte » était la cause d’un courrier envoyé par M. Joël Giraud au président de la République.
 
Le 17 septembre dernier le député avait écrit à l’Elysée, sur sollicitation d’une association sise dans l’ouest de la Provence. Il demandait au président Hollande d’intervenir auprès de la ministre de la Culture et du directeur général de la Langue Française et des Langues de France.
 
Ils doivent « agir en faveur de la survie de toutes les langues régionales en danger, spécialement la grande majorité des langues d’Oc », dont le provençal…
 
En guise d’argument, il précise que le provençal, considéré comme à part de l’ensemble occitan, a assuré un prix Nobel à la France (en 1904, ndlr).
 
« Mes collaborateurs ont envoyé ce courrier de bonne foi, à vrai dire je n’étais pas au courant » nous précise le député des Hautes-Alpes. « En effet je venais d’adresser au président de la République  un courrier de demande de ratification de la Charte Européenne des Langues Régionales ».
 
Il y aurait donc eu confusion, la demande associative concernant « les » langues d’Oc, serait arrivée là-dessus et aurait été considérée un peu vite comme complémentaire.

Lobbying associatif des "Les" contre les "La"

Frédéric Mistral, l'auteur du dictionnaire « des divers parlers de la langue d’oc moderne » pourrait se dire que certains de ses enfants sont devenus fous (XDR)
Le « coupé collé » l’est en effet d’un texte produit par une association, dont on peut dire qu’elle est à part dans la mouvance régionaliste. Sa principale activité consiste à dénoncer une prétendue invasion occitane de la Provence, et elle exerce un fort lobbying en vue de capter l’essentiel des financements publics destinés à promouvoir la langue d’Oc en Provence. Attributaire, selon nos sources, d’environ 200 000 € de subventions des collectivités publiques, cette organisation parvient à faire croire aux élus locaux qu’elle recueille 3000 adhésions.
 
«En réalité si, au cours d’un de leurs évènements publics, vous leur achetez un livre, ou si tout simplement vous payez votre ticket d’entrée avec un chèque, votre adresse est reportée sur leurs fichiers, et vous devenez adhérent sans le vouloir ! » Cependant, l’observateur que nous avons interrogé préfère ne pas être cité. « Des élus des Alpes Maritimes qui s’opposaient à l’adhésion de leur commune à cette association ont été menacés de procès pour propos diffamants. Ils ont l’argent pour le faire, on se méfie ! »
 
Concernant l’adresse de M. Giraud à la présidence de la République, c’est un animateur de la vie occitaniste des Hautes Alpes, Michèu Prat, qui s’émeut fin septembre, du soutien affiché par le député au concept de « langues d’Oc ». L’Institut d’Estudis Occitan Paca  (IEO) suivra avec une protestation de son président, Claude Juniot. Ce dernier précise pour le député l’enjeu de ce débat : « le Président Hollande s’est engagé à rétablir la dignité des langues de France en faisant voter une loi ».
 
Mais, il s’agirait donc, pour les tenants d’une langue provençale séparée de ses sœurs languedocienne ou vivaro-alpine, d’influencer les députés dans la perspective d’une prochaine loi. Pour les défenseurs de la langue d’oc, c’est un contre feu allumé par les « révisionnistes », ainsi qu’ils nomment leurs adversaires.

Intercompréhension dialectale

Michèu Prat s'était ému de la position involontaire du député, et se dit satisfait de son explication (XDR)
La nuance Langue d’Oc / langues d’Oc paraîtra futile à beaucoup. Mais, pour les acteurs culturels impliqués, elle est fondamentale. Le pluriel signifie que ces langues, alors supposées différentes, doivent donner lieu à des filières d’enseignement différent, en atomisant de maigres moyens, et certaines associations y voient l’occasion de devenir l’unique interlocuteur des pouvoirs publics à l’Est du Rhône.
 
Le singulier, lui, est défendu bec et ongles par la quasi-totalité des mainteneurs et des linguistes ou socio linguistes, qui s’étranglent en entendant les arguments de leurs adversaires : Frédéric Mistral, auquel tous se réfèrent, avait gagné le prix Nobel en raison, notamment, de son dictionnaire « des divers parlers de la langue d’oc moderne ».  Ils rappellent régulièrement que cette langue, comme toutes les autres, donne lieu à plusieurs variétés dialectales, tout comme le suisse romand, ou le québécois restent du français, malgré leurs différences avec la langue parlée dans nos journaux télévisés.
 
Nous en faisons d’ailleurs, à Aquò d’Aquí, l’expérience chaque semaine, à l’occasion d’un entretien avec des personnalités occitanophones non provençales. Que ce soit avec des élus d’Aquitaine, une enseignante languedocienne ou des acteurs culturels du Piémont italien, l’intercompréhension est tout simplement parfaite.

Favorable à une modification de la Constitution française

La Commission Culture de l'Assemblée Nationale, visée par les différents demandeurs d'un projet de loi sur les langues de France (photo XDR)
Concernant M. Giraud, son interlocuteur Michèu Prat dit comprendre que la confusion ait pu avoir lieu. Mais demande que son courrier au président de la République soit réellement dénoncé. « Il s'agira… d'apporter un démenti formel auprès de Monsieur le Président de la République » recommande-t-il, « qui devra tenir comme nulle et non avenue la demande formulée dans votre courrier du 17 septembre »
 
L’IEO espère aujourd’hui que cette affaire permettra d’informer les nombreux élus qui ont reçu une demande similaire à celle adressée à M. Giraud.
 
Dans le combat épistolaire entre différentes obédiences le pire reste toutefois à craindre : une prudence excessive de la part d’élus qui, appeurés par les réactions associatives, n’oseraient plus prendre la moindre initiative publique pour défendre la langue régionale.
 
Quant à Joël Giraud, interrogé, il se dit « conscient que la Charte des Langues Régionales et Minoritaires ne pourra être signée par la France qu’après que la Constitution soit modifiée pour le permettre ». Il y est favorable nous dit-il. Cependant, on ne devra pas compter sur lui pour la demander.
 
« Je ne crois pas que ce soit à un député impliqué dans la Commission parlementaire des Affaires Economiques de le faire », souligne-t-il. « J’attends que la Commission Culture me sollicite pour cela. » 

Mardi 30 Octobre 2012
Michel Neumuller