Catalogne : pourquoi le référendum d’autodétermination ?

Depuis que les Félibres ont chanté « Catalan de liuen o fraire… », nos voisins, frères linguistiques, ne nous laissent pas indifférents. Le premier octobre prochain ils choisissent de devenir indépendants, ou pas. Essayons d’expliquer pourquoi et comment.

Les médias français ont un mal certain à appréhender la réalité de la situation politique catalane d’Espagne. Avec, disons-le, une tour Eiffel en tête, les journalistes de la télévision hexagonale, en général, plaquent une conception française sur une réalité catalane.






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Ostau dau païs marselhés : "dépasser les préjugés"


La structure, nous dit Iris Kaufmann, son animatrice, joue un rôle déterminant dans le quartier de la Plaine où elle est née, et a su bâtir ces dix dernières années une visibilité au sein de l'espace occitan. L'association souhaiterait aujourd'hui travailler collectivement autour d'un projet de développement de la culture occitane à Marseille.



Iris Kaufmann
Iris Kaufmann

Il me semble que l'article  d'Aquò d'Aquí consacré à l'OPM se fait le reflet de la situation. Avant de revenir sur quelques passages, je souhaiterais au préalable apporter certaines précisions quant à ma position dans ce débat.

 

 

 


La langue occitane au sein d'un ensemble de pratiques

 

De formation universitaire, j'ai toujours valorisé dans mon approche de la culture occitane une démarche se voulant historique et anthropologique. Par conséquent, j''espère avoir développé au fil des ans un esprit critique qui m'a prémunie des dérives d''un militantisme rigoureusement idéologisé, me permettant en outre de bâtir un engagement solide pour la défense de cette culture.
 

En somme, je ne crois pas en une vérité, je crois en une multitude de vérités possibles et en leur confrontation. Le fait qui m'importe le plus est la dynamique qui peut en résulter.

 

Lorsque j’ai rencontré le journaliste d’Aquò d’Aquí avant le débat qu’il a couvert, il m’ a confié vouloir plus d''informations sur nos activités.

Je souhaiterais, à travers une lecture commentée de son article, en livrer plus encore, de mon point de vue en tout cas.  
 
« L’ODPM est depuis longtemps considéré comme perdu pour l’occitanisme provençal. »
 

Je dois avouer que le sens profond de cette déclaration m'échappe. Suite à une immersion prolongée dans le milieu occitaniste béarnais en 2011-2012, je me suis posée la question de l'existence d''un tel phénomène en Provence.
 

En dix ans de fréquentation du milieu occitan, je n''avais jamais été confrontée, en Provence, à l'existence d''un tel mouvement. Peut-être tout simplement car ce dernier souffre d''un certain manque de visibilité ?
 

Il est vrai que nous ne sommes pas aidés : les réseaux de Calandretas existant en Béarn sont pour beaucoup dans le renforcement des liens communautaires autour des questions sensibles de la reconnaissance culturelle et linguistique.
 

Ces écoles contribuent également à accroître la visibilité d''une culture dynamisée dans son entier. Je tiens par-là à rappeler l''importance fondamentale à mon sens, des pratiques musicales et dansées, comme outils de sensibilisation à la culture, et pas seulement à la langue, qui doit à mon sens être considérée au sein d''un tout.  


Un public varié a pu découvrir la culture oc avec l'Ostau

« Les régionalistes provençaux ne voient plus la structure que comme une association de quartier, très implantée à La Plaine, dans le haut lieu du Marseille alternatif nocturne. »
 

Oui, l'Ostau est aussi, voire quelquefois surtout, une association de quartier.
 

Cet aspect, qui peut-être (curieusement) perçu comme un problème pour certains, me semble au contraire un atout. On nous reprochera un certain éthylisme noyé dans la fête, et j'en suis bien consciente.
 

Je répondrais, sans contrevenir à cette critique, qu''étant implantés dans un quartier festif, nous organisons effectivement depuis des années des balètis, des concerts de musique occitane, des stages de chants et de danses, qui ont en outre permis à un public éclectique de découvrir de façon ludique une culture qui court toujours le risque de se retrouver empoussiérée dans un phénomène d'institutionnalisation et de patrimonialisation morbide.
 

Pensez ! un lieu d''expression situé dans le centre névralgique des cultures underground marseillaises, venant s''appuyer sur le socle de la valorisation culturelle occitane (les cours d''occitan gratuits et accessibles à tous n''ont d''ailleurs jamais cessé) ; qui a permis à une foule de néophytes de découvrir une culture marginalisée qui souffre, notamment en Provence, d''un manque de visibilité.  

photo ODPM
photo ODPM

Des liens tissés à travers tout l'espace occitan

L'expérience m'aura d''ailleurs montré que la gestion d'un tel lieu et de son public nécessite
une sacrée détermination, et laisse quelquefois libre cours aux dérives.
 

Personne n''a jamais dit que c'était facile ni que nos membres étaient parfaits. J'ai d''ailleurs surnommé cette dynamique « l'organisation dans la désorganisation ».
 

 Toutefois, en 2010, au Grand Balèti de Prima, c'était plus de cinq-cents personnes qui se tenaient devant le Planet Mundo pour venir danser (tous ne résidaient pas à la Plaine, d''ailleurs...). Chaque année depuis plus de dix ans, l'Ostau était présent non seulement à La Festa de Lou Dalfin, mais aussi à l'Estivada de Rodez.
 

Et, bien souvent à cette occasion notre association était seule représentante visible de cet « occitanisme provençal », lequel aurait été sinon bien vite oublié derrière l'immense stand du Felibrige.
 

Cette année, nous avons également participé au Festival du Livre de la Canebière, au Festival Zinzan, ainsi qu'à la première Ivernada. Nous étions également à la manifestation de Toulouse et avons apporté notre aide à la constitution du cordon de sécurité contre l'intrusion des identitaires réunis à l'Ostal.

Avec nos équipes d''éthylotests ambulants, cette structure a quand même fait le tour de l'Occitanie et a noué des liens avec pas mal de monde... En témoigne l'Estivada de cette année, où notre stand était fréquenté tout au long de la semaine par les artistes émérites et chargés de diffusion Occitans, Provençaux, mais pas seulement.
 

De facto, quelle que soit l'opinion de pas mal de militants à lire ces écrits, l'Ostau est sans doute la structure à laquelle on pense spontanément dans le milieu occitan quand on évoque Marseille et la Provence.  


L'occitan est un moyen, pas une fin

photo MN
photo MN

« Perçu comme rétif à toute idée de travail commun ». Si nous nous plaçons à l''échelle du quartier, les échanges et les partenariats avec d''autres structures voisines ont toujours existé, venant ainsi renforcer un ciment social qui nous a permis, au fil des ans, de fidéliser un public aux origines multiples, lequel, certes, n'est pas majoritairement militant pour la langue occitane, mais présente la caractéristique d''être sensibilisé à notre culture.
 

L'occitanisme ne doit pas, à mon sens, être considéré comme une fin en soi. Il doit être un moyen.
 

 En 2012, c'était plus de deux-cents personnes qui se plantaient devant l'Ostau lors du Festival Latcho-Divano. Quelle autre structure « occitaniste provençale » pourra démontrer une telle force de l''engagement militant, allant jusqu'à travailler aux côtés de communautés minorisées comme les Créoles de l'Océan Indien, auxquels nous sommes liés depuis bientôt cinq ans, ou les Rroms, qui souffrent actuellement de politiques stigmatisantes ?
 

Quelle autre structure, qui se targuerait peut-être du fait que son « militantisme », serait plus valable que la nôtre, aurait eu la force d''engagement nécessaire pour soutenir une communauté « indésirable », et l'accueillir dans ses murs  ?
 

Tous les jours, on retrouvait les affiches du festival arrachées, et on les recollait, sans en démordre. Et l'Ostau accueillera ensuite les ateliers de préscolarisation d'enfants Rroms.

 


Il faut savoir se méfier de sa méfiance

Sur le plan plus précis de l'occitanisme, je souhaiterais rappeler que nous avons tout de même pris l''initiative de contacter l''IEO 13, pour leur proposer un rapprochement. Nous nous sommes rendus à leur CA, nous leur avons fait des propositions de travail commun.
 

Quelqu'un, à part le dit IEO, s''est-il rendu à l'Ostau (dau País Marselhés, NDLR) ces trois dernières années pour y proposer quelque chose ? Je n''en ai pas le souvenir... Il est alors effectivement bien difficile de se faire une idée de ce qui se passe entre nos murs...
 

Je me demande donc, quelles sont les raisons qui motivent ces personnes dont nous parle l’article , qui pensent que nous ne savons pas travailler collectivement. À mon sens, l'argument de l'intolérance de l'autre est une justification solide contre toute forme de remise en question. Et sans jeter la pierre à personne, j''avoue que je souhaiterais vraiment comprendre l''argument fondamental qui motive ce type de discours et d'attitude méfiante.
 

Car il me semble que c'est là ce qui fait aujourd'hui notre force, la remise en question.  


Se remettre en question et voir plus loin

Comme nous en discutions lors de l’entrevue accordée au journaliste d’Aquò d’Aquí, notre structure est prête à reconnaître ses erreurs passées et futures, dans une dialectique qui consiste à penser que cette démarche constitue le meilleur atout de la dynamisation de notre action.
 

Et cette dynamique, que nous maintenons depuis bientôt treize ans, est fragile, semée d'embûches. Nous connaissons des difficultés, nous traversons des conflits et des crises... Mais qui échappe à ce phénomène ? Je ne connais pas de structure, qu''elle soit associative ou plus institutionnelle ou professionnelle, qui n''ait jamais connu de difficultés.
 

En revanche toutes ne s'en sont pas relevées comme nous l''avons fait ces dernières années.
 

« Tout le monde attend d’abord de savoir si l’Ostau a envie de porter un projet collectif. (…) Que deviendra l’idée ? L’ODPM a-t-il réellement envie de jouer collectif ? »
 

Je ne pensais pas que nous souffrions d''un tel manque de crédibilité, et je dois avouer que si je peux en comprendre lescauses, l'immobilisme du jugement porté par cet article sur cette structure peut parfois susciter un peu d''agacement.
 

Bien sûr que l''Ostau a envie de porter un projet collectif. Mais à mon sens, la vraie question, notamment à la lecture de ces quelques lignes, est la suivante : les Occitanistes marseillais et provençaux, voudront-ils surmonter cette opinion (- préjugé) dont parle l’article, pour s''associer à ce projet ?

photo ODPM
photo ODPM

Un désir d'association

Finalement, après cette première table ronde, et à la lecture de cet article, voici la réflexion que je me fait : Qui, sinon notre brave bande de branquinhòls, aurait pu fédérer tous ces militants, dont certains sont en conflits depuis des années, dans une même pièce et autour d''un thème de réflexion commun ?
 

… Et si nos faiblesses constituaient finalement nos atouts ? Je pense justement que l''initiative de la table ronde aura au moins servi à ça : montrer notre désir de nous associer aux autres structures pour bâtir une action solide et collective.
 

 « L’occitanisme marseillais sortira-t-il du syndrome de la tribu gauloise pour tenter l’action concertée ? Les autres associations tiendront-elles compte des spécificités de l''ODPM ? »
 

Je pensais pourtant que nos ancêtres les Gaulois étaient persona non-grata dans le milieu. Mais voilà nos craintes confirmées : nous serions différents des autres.
 

Quelles sont donc ces « spécificités » évoquées ? Si je devais répondre, je dirais par expérience que notre caractéristique est d'avoir su bâtir un lien entre différentes communautés linguistiques et
culturelles minorisées, et d''avoir su également amener un public issu de tous milieux, sociaux, culturels et intellectuels à s''intéresser à la culture occitane, entre autres choses d''ailleurs.
 

Assumer ce parti-pris n'est pas évident, et requiert un effort d'empathie et d''ouverture, qu'une institutionnalisation pourrait d'ailleurs rendre d''autant plus difficile : un cercle d''intellectuels regroupés dans une tour d''ivoire ne réglera pas seul, à mon sens, le problème de la visibilité, et donc de la reconnaissance de cette culture.  


Chacun balaie devant sa porte...et fait un effort vers l'autre

Et si ce parti-pris peut venir fragiliser quelquefois notre socle occitan, il contribue également à renforcer les liens et la solidarité. Ce socle occitan n''a d'ailleurs jamais disparu, même dans les temps difficiles, et il me semble actuellement en pleine effervescence.
 

Je veux bien que l'Ostau dau País Marselhés paye un certain tribut pour n'avoir pas toujours brillé dans ce milieu. Mais il me semble également qu''il serait temps que chacun balaie devant sa porte.
 

 Malgré la critique que je peux porter sur l’article d’Aquò d’Aquí, il faut lui reconnaître qu’il a souligné les efforts que nous menons pour développer une action pertinente envers la culture occitane. Au plaisir, donc, d'une prochaine rencontre avec Aquò d’Aquí.


Lundi 3 Décembre 2012
Iris Kaufmann




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