Catalogne : pourquoi le référendum d’autodétermination ?

Depuis que les Félibres ont chanté « Catalan de liuen o fraire… », nos voisins, frères linguistiques, ne nous laissent pas indifférents. Le premier octobre prochain ils choisissent de devenir indépendants, ou pas. Essayons d’expliquer pourquoi et comment.

Les médias français ont un mal certain à appréhender la réalité de la situation politique catalane d’Espagne. Avec, disons-le, une tour Eiffel en tête, les journalistes de la télévision hexagonale, en général, plaquent une conception française sur une réalité catalane.






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Admettons « d’Office » que la langue régionale renforce la cohésion sociale et territoriale


Les langues régionales sont un des facteurs de cohésion de la société française. L’école, là où elle peut les enseigner, a montré qu’elles intègrent l’élève à sa région et à l’école elle-même. A l’heure où bien des « décideurs » mesurent ce manque de cohésion, ils devraient s’intéresser aux expériences menées partout pour partager occitan, breton, alsacien.



Un « facteur d’ouverture et de cohésion, y compris pour les nouveaux habitants », c’est ce que la société française recherche. Elle qui se rend compte, brutalement, du gouffre sociétal et culturel qu’elle a laissé se creuser en son sein ce dernier demi-siècle, devrait être attentive aux paroles de Pierre Ghionga. 

La cohésion nationale passe par la convivència régionale. D'en haut rien ne viendra durablement

Ce conseiller exécutif de la Collectivité territoriale de Corse est chargé, par celle-ci, de favoriser le bilinguisme dans l’Ile.
 
Le fonctionnaire corse est interrogé avec d’autres, ailleurs, par la journaliste Stéphanie Stoll, pour la Gazette des Communes. L’édition du 19 janvier de l’hebdomadaire de la fonction publique territoriale consacre une enquête fouillée sur l’encouragement à l’usage des langues régionales.
 
Dernier né d’une petite série d’Offices de la langue régionale, celui de la langue occitane ne concernera hélas que les régions Midi Pyrénées et Aquitaine, avec quelques Conseils Généraux. Bientôt, toutefois, Languedoc-Roussillon le rejoindra, une fois accomplie la Réforme Territoriale qui joindra Languedoc et Midi Pyrénées.
 
Mais Provence, Auvergne et Rhône Alpes resteront en dehors. Nonobstant, On peut espérer qu’à l’ouest s’élaboreront les outils qui doivent donner, via la langue historique de leurs régions, un sentiment d’appartenance sociétale qui concernera chaque habitant, entre Bordeaux et Briançon.
 
David Grosclaude, Conseiller Régional d’Aquitaine, interrogé par l’hebdomadaire professionnel, expose les fondamentaux de ce que doit favoriser un Office de la langue régionale. « Une politique linguistique passe », dit-il, « par la transmission de la langue, l’enseignement associatif immersif, l’enseignement public paritaire, les cours pour adultes, les médias et la socialisation pour permettre à la langue d’être pratiquée et visible dans l’espace public ».
 
A tout cela l’Office donne cadres et impulsions.

En Bretagne, précurseur, un tel Office dispose d’un budget d’1,68 M€, au sein d’une politique linguistique régionale qui « pèse » 7,6 M€ sur le plan budgétaire. Celui de la langue basque dispose lui d’un budget de 2,86 M€, d’ailleurs abondé par la Communauté autonome d’Euskadi, espagnole, pour 400 000€. En Alsace, la Région met à disposition du Rectorat 1,6M€ pour salarier les enseignants d’alsacien. La diversité des choix et des situations est donc de mise.
 
En Provence Alpes Côte d’Azur, que ne prend pas en compte l’enquête de notre consoeur – et pour cause ! – ce type d’office n’est pas à l’ordre du jour. Une partie des collectivités finance pourtant un « observatoire » dévolu à une seule association, pourtant en rupture avec l’ensemble des représentants historiques des politiques associatives de promotion du provençal, du niçois et de l’alpin d’oc : le Félibrige, l'Institut d’Etudes Occitanes et l'Association pour l’Enseignement de la Langue d’Oc.
 
Celles-ci se retrouvent pourtant dans une sorte d’Etats-Généraux permanents, le Forum d’Oc. Mais leur entente, gage de politique efficace et d'action durable, n’entraîne pas encore la confiance budgétaire des collectivités locales.
 
Les budgets « langue et culture » en Provence ne sont pourtant pas anecdotiques. La politique du Conseil Régional en la matière tutoie les 800 000€, celle du Conseil Général des Bouches-du-Rhône voisine avec les 500 000€. Mais l’un consacre cette somme au soutien de toutes les langues minoritaires présentes dans la région, et l’autre aide tant les « pratiques culturelles » que le strict enseignement de la langue. 

Bref, les politiques budgétaires dévolues en Provence à l'enseignement tous azimuts de la langue ne sont pas lisibles, et ne touchent que très partiellement leur cible.

L’enjeu provençal devrait focaliser enfin les sommes éparpillées à une politique de soutien effectif à la socialisation de la langue d’oc dans ses variétés régionales. Le sillon tracé par Aquitaine et Midi Pyrénées pourrait être aussi creusé, et ensemencé, en Provence. Il faudrait alors « arroser » les initiatives pour faire "pousser" le provençal dans l’enseignement, les médias, et l’espace public.
 
Ce sont les trois leviers universels pour raviver l’attachement de Régionaux à leur langue, et partant à leur donner un sentiment d’appartenance sociétal commune, qui fait défaut cruellement, et structurellement désormais, à la France entière.
 
L’alsacien, le corse, le breton ou l’occitan pour lutter contre les ghettos, l’idée mériterait que se penchent dessus les Cassandre qui prévoient l’écroulement du sentiment national quand les jeunes apprennent leurs langues régionales.
 
Nos reportages le montrent régulièrement, nombre d’écoles avec apprentissage de notre langue régionale sont situés dans des quartiers à forte composante immigrée. « Avec un enseignement supposé sans enjeu pour leur avenir scolaire, les élèves abordent tranquillement la langue d’oc, prennent conscience sans stress de leur compétence.Cette confiance acquise transpire ensuite vers les matières « dures » : français ou mathématiques. Puis le progrès est sensible partout ,à partir du provençal ».
 
Ce discours, nous sommes allés l’entendre dans diverses écoles où, depuis des années, les enseignants soulignent pour nos lecteurs ce qui devient pour eux une évidence ; la langue régionale raccommode les lambeaux de la société française.
 
Elle en a besoin, non ?

Or, l’idée « mélenchoniste » selon laquelle inscrire cet enseignement dans le droit, plutôt que dans la fluctuante tolérance d’Etat, déliterait la nation, fait perdre du temps à toute une génération. Celle qui voit effectivement se créer sous ses yeux « l’Apartheid » que diagnostique le premier ministre, Manuel Valls.
 
Il s’agit pourtant, avec l’apprentissage, ludique et mieux partagé des langues régionales, de jouer cette carte du lien de façon durable. Une carte à jouer parce qu'elle se confond avec les idées de proximité et de "vivre ensemble" qu'on appelle ici de tout temps et de manière plus forte "convivència".
 
A sa façon, le directeur de l’Office de la langue bretonne, Fulup Jakez, le souligne, dans la Gazette des communes. Tout ce qui se réalise se fait, insiste-t-il, en cherchant à convaincre tous les acteurs, à chaque étape. Une énorme perte d’énergie et de temps !
 
Un cadre légal tenant pour acquises les politiques publiques de soutien aux langues régionales, c’est ce qu’appellent de leurs vœux tous ces soutiens et promoteurs des langues régionales. Si la France veut bien se doter de l’arsenal juridique nécessaire, l’Etat peut être assuré qu’élus, chargés de missions et autres enseignants impliqués disposent déjà des outils nécessaires pour aller vite et bien.
 
Osons le dire, ceux qui enseignent les langues régionales, et ceux qui reçoivent aujourd’hui cet enseignement ne sont pas les seuls à devoir en profiter. La République, dans une large part de ses territoires, en a aussi sacrément besoin.

Dimanche 25 Janvier 2015
Aquò d'Aquí




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